‹ Théâtre de CampistronChapitre 233 sur 302 · ACTE V, SCEiVE V. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCEiVE V. i

ÉSOPE

Et quand ?

LÉARQUE.

Demain.

ECPHROSIA'E.

Demain î Mon père , à mon e'gard montrez-vous moins sévère ^ Monsieur en use mieux , il consent qu'on ditl'ère ; 3Ia prière le touche , et rien ne vous émeut.

Ésope.

Eh bien donc ! à demain , puisque monsieur le veut.

AGESOF.

!Ne VOUS en flattez point , si vous n\ivez envie

De m'arracher ensemble Euphrosine et la vie.

Je vois où je m''e:spose , et sais vot-e crétlitj

Il n"est rien là-dessus que je ne me sois dit :

Crésiis ne voit , n'entend , n"agit que par vous-tneme-

3Tais qu'ai-je à redouter si je perds ce que j'aime?

Et que j eut-il me faire avec tout son pouvoir.

Qui soit pis que ma rage etqr.e mon désesjioir ?

INÎonsieur le Gouverneur m'a promis Euphrosine j

Et ce nVst plus à lui le bien qu'il vous destine.

J'ai reçu sa parole , et je m'y suis fié.

LÉARQUE.

li est vrai j mais monsieur est privilégié.

Ésope.

Voyons donc , s'il vous plaît , quel est mon privilège. Suis-je plus beau, mieux fait, noble, riche, enfin

qu'ai-je ?

Parlez.

LÉARorE.

r\'étc3-vous pas favori de Crésus?

ÉSOPE. -

Peut-être que demain je ne le serai plus:

Et comme la faveur n'e t qu'un éclair qui brille.

Qui passe rarement dans la morne famille,

Elle a , quand elle change , un retour si cuisant ,

Que la faveur passée est un malheur présent.

Agenor est bien fait, et voti-c fille est belle •

.i58 LKS TABLES D ESOPE.

L'un est né gentilhomme , tl l'aiit^e Jeraoiseile • J'ai fait de leur amour un sëvtre examen 5 Ce sont les plus beaux feux que puis>e unir l'hymeu Et je n'ai feint d'aimer, et de nuire à leur flamme, Que pour approfondir ee qu'ils a^ aient dans famé. Il me ferait beau voir, chargé comme un Atlas, Faire le soupirant pour de jeunes appas ! Le seul ;tge inégal rend l'hymen misérable. Et si vous en doutez , écoutez cotte fable.

l'homme et les deux femmes.

Un homme des plus insensés,

A quarante-cinq ans , le cœur rempli de flammes S'avisa d'épouser deux femmes :

Pour le faire enrager une c'était assez.

L'une avait soixante ans , et l'autre viugt-et-quatre.

Toutes deux à l'envi le voulaient à leur goût ^ Et souvent c'était à se battre A qui mieux en viendrait à bout.

Pour le faire à Icurbadina^e , L'une et l'autre n'oubliaient rien :

La vieille souhaitait qu'il parût de son âge ;

La jeune aurait voulu qii'il eût été du sien. Tous les matins , sous un prétexte honnête

De montrer leur amour par de petits devoirs,

Chacune, en le peignant , arrachait de sa tête ,

L'une les cheveux blancs, l'autre les cheveux neirs.

Enfin, chauve et pelé, sa présence importune Le rendit partout odie'.ix-

Pour combler un hymen de joie et de fortune , Il faut l'assortir un peu mieux :

Il était trop jeune pour l'une, Et pour l'autre il était trop -s-ieux.

Monsieur le Gouverneur, vous me devez entendre.

LÉARQtJE.

J'accepte avec plaisir Agenor pour mon gendre : ■^ otre approbation en augmente le prix.

AGEXOR.

Je ne puis dire un mot, tant vous m'ayez surpris !

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