SCÈNE IV
ANDRONIC
Desseins mal concerte's , malheureuse vengeance
Dont mon cœur abusé goûta trop l'espérance;
Douces illusions de mes esprits charmés,
Projets évanouis aussitôt que formés.
Ne m'entretenez plus de vos vaines chimères ,
Et laissez-moi sans vous contempler mes misères !....
O ciel! dans quel état me trouvé-je réduit?
Chacun , dans mon malheur , me trahit ou me fuit :
Sans amis , sans secours , dans ce moment funeste ,
A. quoi dois-je m'attendre, et quel espoir me reste?
Léonce et Martian que déjà l'empereur
Vient de sacrifier à sa prompte fureur,
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De moment en moment ma garde redoublée,
Le noir pressentiment dont mon ame est troublée ;
Mille tristes objets me font imaginer
Où ces commencemens doivent se terminer.
Oui , je n'en doute plus ^ on a jure' ma perte ,
Puisque de mes desseins la trame est de'couverte.
Je suis trahi ^ je meurs , et la rigueur du sort
Dans les ombres du crime enveloppe ma mort.
Qu'au gré de ses transports l'empereur m'en punisse
iNIais aussi qu'il se juge et se fasse justice ;
Qu'il songe à nos destins , et lequel de nous deux
Est le plus criminel ou le plus malheureux...
Emporté par le feu d'un imprudent courage ,
Je forme uu vain projet^ je me livre à ma rage j
Je me rends à l'espoir dont on me vient flatter:
Voilà tous les forfaits qu'on me peut imputer.
]Mon père... mais que dis-je ? Il refuse de l'être ^
A quelle marque enfin puis-je le reconnaître?
Il m'ote ma maîtresse , et l'empire et le jour :
Voilà tous les présens que m'a faits son amour!....
]Ve nous efforçons point d'émouvoir sa tendresse :
Rien ne désarmerait sa fureur vengeresse ;
Et quand, par mes efforts, je pourrais l'attendrir,
Mes jours ne valent pas qu'il m'en coûte uo soupir!.
( i'oyant entrer Gelas. ) Mais que veut-on de moi ?