SCÈNE X
IRÈNE, GELAS, EUDGXE, NARCÉE.
GELAS , a Irène.
Madame , où courez-vous, et qu'allez-vous chercher? Ah ! plutôt de ces lieux il faut vous arracher : Evitez un objet qui déchire mon arae.
iriÈnE, Andronic est donc mort?
GELAS.
Il ne vit plus ,. madame:
Je viens en ce moment de le voir expirer Dans le bain que lui-même avait fait préparer.
IRÈNE , a Eudoxe et a Narcée.
Soutenez-moi... Je cède après ce coup funeste...
(à Gelas.) Et vous, du sort du prince apprenez-moi le reste.
GELAS.
Sans se plaindre un moment de son sort inhumain , Il nous suit 5 sans frémir il entre dans le bain 5 Offre ses bras , lui-même en fait couper les veines ^ Montre un cœur insensible au milieu de ses peines, Et des flots de son sang, qui coule à gros ruisseaux. Bientôt du bain fatal il voit rougir les eaux : Cependant il pâlit , et ses yeux s'obscurcissent • De moment en moment ses esprits s'affaiblissent j
5a ANDRONIC.
Son ame avec son sang , trop prompt à s'écouler, Court au terme fatal....
IRÈXE.
Je me sens accabler...
Donnez un peu de temps à mon ame abattue..,
(après une courte pause. ) C'est assez ^ achevez un discours qui me tue.
GELAS.
Il lève au ciel les yeux pour la dernière fois , Et prononce ces mots d'une mourante voix : «f O mort! des malheureux unique et sûr asile, » Je verrais ton approche avec un œil tranquille , '» Si du courroux vengeur dont je subis la loi « La rigueur aujourd'hui ne tombait que sur moi : ■>) Je ci"ains... » En cet instant son ame s'est émue j Il promène partout une inquiète vue :
(( Père cruel! dit-il, d'un fils infortuné ^> Je te rends tout le sang que tu m'avais donné : w ]\'en cherche point ailleurs pour assouvir ta rage Alors de la parole il perd presque l'usage^ Il ne garde plus d'ordre en ses discours confus ^ Ce ne sont que des mots toujours interrompus • Son esprit se confond , le trouble s'en empare ; En de vagues projets il s'emporte et s'égare ^ Il adresse sa voix à vous , à l'empereur , Paraît tantôt tranquille , et tantôt en fureur. Enfin son sang s'épuise , et sa force succombe ; Sa tète sur son sein penche , chancelle , tombe ; Il meurt • et tout son corps sanglant , pâle , glacé , Ne nous en oflVe plus qu'un portrait effacé. Pour moi, le cœur percé de cette affreuse image, De ses persécuteurs je déteste la rage ^ Et, craignant qu'on me fasse un crime de mes pleurs, Je vais en d'autres lieux renfermer mes douleurs.
( Il sort. )