ACTE I, SCE]NE M. ii
LV.oycz, se jetant aux pieds de Collojean. Prrmettez-vous , seigneur, qu'embrassant vos genoux , J'ose vous supplier dV-coufer...
COLLOJEAN , l'interrompant.
Levez-vous.
lÉoxcE; il part , en se relevant.
Fais si bien , juste ciel , que ma plainte le touclie !
(a Collojean.) Tout un peuple, seigneur, vous parle par ma bouche ; Un peuple qui, toujours à vos ordres soumis, Fut le plus fort rempart contre vos ennemis, Et de qui la valeur, justement renommée , Se fit craindre cent fois à l'Europe alarme'e. Quand votre illustre père , achevant ses exploits, Se vit et la terreur et l'arbitre des rois. Vous le javez , seigneur , ce peuple magnanime Fut toujcv.irs honore de sa plus tendre estime, Et ce digne héros , pour ses fameux combats , Choisissait parmi nous ses chefs et ses soldats. Cet heureux temps n'est plus ■ ces guerriers intrépides Sont en proie aux fureurs de gouverneurs avides; Sous des fers odieux leur cœur est abattu ^ La rigueur de leur sort accable leur vertu : I Tout se plaint , tout gérait dans nos tristes provinces^ \ Les chefs et les soldats , et le peuple et les princes ^ Chaque jour sans scrupule on viole nos droits. Et Ton compte pour rien la justice et les lois. En vain vos ennemis à nos peuples soutiennent Que c'est de votre part que leurs ordres nous viennent : Non , vous n''approuvez point leurs sanglans attentats ; Je dirai plus , seigneur, vous ne les savez pas. Ah ! si, pour un moment, vous pouviez voir vous-même Pour quels coups on se sert de votre nom suprême , Que ce saint nom ne sert qu'à nous tyranniser, Qu''à mieux lier le joug qu"'on nous veut imposer ;. Alors, de vos sujets, moins empereur que ptre. Vous ne songeriez plus qu'à finir leur misère , Et qu'à punir bientôt avec sc'verite' Ces indignes abus de votre autorite î
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Enfin , si l'on a vu no-; peuples en furie S'armer pour maintenir les droits de la patrie , Seigneur , nos gouvemcurs sont les plus criminels 5 Ils nous ont trop appris à devenir cruels. Pour vous nous conservons la foi la plus constante : Faut-il vous en donner quelque preuve éclatante? Faut-il , pour soutenir l'honneur de votre rang , Prodiguer tous nos biens , verser tout notre sang ? Faut-il, nous exposant aux horreurs de la guerre, .Suivre vos étendards jusqu'au bout delà terre? Vous nous verrez contens au milieu des déserts , Braver, pour vous servir , tous les pe'rils offerts, Et mériter de vous , en cherchant à vous plaire , Les bontés dont jadis nous combla votre père. Mais s'il faut , chaque jour , par de nouveaux tyrans Voir piller nos maisons, massacrer nos parens, Et les tre'sois tires du sein de nos provinces. Rendre ces inhumains plus puissans que nos princes; Je TavoClrai , seigneur, nos peuples irrites S'emporteront toujours contre leurs cruautés. C'est à vous de juger en prince légitime , S'il faut ou nous absoudre , ou punir notre crime : Si vous nous condamnez, pleins de respect pour vous, Seigneur, sans murmurer nous souffrirons vos coups ; Alais du moins rejetez les avis sanguinaires Des perfides auteurs de toutes nos misères : Prononcez par vous-même , et ne consultez pas Des cœurs intéressés à troubler vos états.
COLLOJEAS.
Ainsi , vous espérez avec cet artifice
Dérober votre tête au plus juste supjtlice?
Que dis-je ? vous voulez me prescrire des lois ?
Que pour régner enfin j'emprunte votre voix?
C'est à vous d'obéir, sans vouloir vous défendi'e ,
Aux ordres qu'en mon nom on vous a fait entendre ;
Et si je n"'écoutais que mes ressentimens ,
Je ne vous répondrais que par des châtimens.
Mais je veux bien encor suspendre ma colère '•
Je verrai s'il faut être indulgent ou sévère.