TOUS
COUPELAUD. Envoyons aux murailles toute la petite hovts^ geoisie. Elle a tout autant à craindre des vilains que nousmêmes. Nous, restons ici pour donner des ordres; ou, sk vous voulez, montons au clocher, nous irerroos si diacun est à son poste.
BOURRÉ. J'ai grand'peur que les bourgeois ne se cGndiû". sent pas trop bravement. Les gens de métia^s sont meil*kurs pour se battre.
COUPELAUD. Il faut dire aux bourgems que mtoaseigneur. le duc leur donnera des franchises, s'ils se comportent en prud'hommes.
BOURRÉ. Oui-dà ; mais nous croiroat41s? Le roi. Dieu le bénisse! nous avait promis des privilèges pour avoir dé^ fendu la ville contre l'Anglais, et nous sommes ei^core i les attendi'e, ces privilèges.
' e&dpktkm, 6ab^ bah ! le danger n'est peut-être pas aussi pressant qu'on se l'imagine. Nos muraiûes sont hautes, il y a de Teau dans les fos8ës< Entre ua bourgeoii.
• jiÂiLLt . Qu'est-ce ? qu'y a-t-il^ maître Mauclerc ?
lE BOURGEOIS. Messire^ voilà qu'une grande poussière s'élève du côté de la porte Saint-Jean. Une trentaine de coureurs se sont déjà montrés à im trait d'arc des barrières.
ÉotJRRÉ. Et nos arbalétriers^ que font-ils?
Lfi BouHGËois. Ils sont aux murailles avec quelques bourgeois^ mais ils menacent de les quitter^ si Ton ne vient h leiir aide. D'un autre côlé^ les ouvriers et les gens de métiers commencent à jeter des cris, et parlent de se joindre aux vilains.
couPELAUD. Sainte Vierge ! voilà le pire de tout !
MAiLLY. Comment! les scélérats oseraient se révolter contre ceux qui leur donnent du pain !
LAGDTART. Mes ouvriers n'ont pas été payés depuis dix Jours ; je crains qu'ils ne fassent quelque sottise.
LE CONCIERGE DE LA MAISON DE VILLE entrant. Voici deS gCnS
4é métiers qui heurtent à la porte et demandent à parler au conseil.
. COUPELAUD. A la bonne heure. Ils viennent sans doute nous offrir lem^ bras. 11 faut donner des armes à ces bra- Tes gens. Qu'on les fasse entrer. Entrent piu«ieurs outriers.
BOURRE.^ bien ! mes amis^ mes enfants^ vous venez pour combattre nos ennemis. Vous venez nous offrh* vos services?
ON OUVRIER. Oui^ maître; mais je voudrais bien vous dire un petit mot^ sauf l'honneur de toute la compagnie.
M AiLLT. Parle^ mon compère ; n'aie pas peur^ mon ami.
COUPELAUD. Qu'on donne un verre de vin à ce brave homme.
LAGUTART. Comment se porte ta femme ?
l'ouvrier. Elle est en couche de son septième,
COUPELAUD. Voilà un brave honune qui donne sept enfants au roi. Combien de garçons^ mon camarade ?
l'ouvrier. Cinq^ à votre service^ notre maître.
COUPELAUD. Tu venais nous demander des armes, n'esl^ ce pas?
ddd LA iAQUEItlË.
l'ouvrier prenant un verre qu*on lui apporte. J6 bois à touté
l'honorable compagnie.
BOURRÉ. Merci, mon ami. — Au fait.
l'ouvrier. Notre maître, les cardeurs de laine, sauf votre respect et celui de la compagnie, m'ont envoyé vous demander... Je n'ose vous dire quoi.
couPELAUD. Parle, mon enfant.
l'ouvrier. Dame! maître, c'est que les cardeurs delaine^ révérence parler, ne gagnent que trente deniers par jour, 6e qui est bien peu quand on a, comme moi, femme et enfants. Dieu soit avec nous ! Et... nous vous demandons... nous vous prions de vouloir bien nous en donner soixante au lieu de trente.
COUPELAUD. Soixante deniers^ coquin ! soixante deniers au lieu de trente I
MAiLLY. Et tu as rimpiidence de nous proposer celaenface !
L AOUT ART. Un bâtou ! un bâton !
BOURRÉ bas. Doucemcut, beaux sires, Tennemi est aux portes. (A rouvrier.)Tu demandes soixante deniers, dis-tu?
l'ouvrier. Ce n'est pas moi tout seul, maître, ce sont tous les cardeurs de laine, sauf votre bon plaisir.
COUPELAUD. Ah! scélérat î je vais te faire mettre en prison*
MAILLY. Il faut le faire pendre pom^ l'exemple.
BOURRÉ. Eh î messieurs, ne nous amusons pas à ferrer des cigales, (a l'ouvrier.) Mon brave homme, retire-toi pour un instant, nous allons te rendre réponse tout à l'heure.
L'ouvrier sort.
COUPELAUD. Soixante deniers! soixante pannerées de diables les prennent au corps! •
BOURRÉ. Mais, voisin... AJi ! que nous veut le garde du beffroi?
LE GARDE DU BEFFROI entrant. Mcssircs, Ics paysaus appellent à grands cris les ouvriers à la révolte. Les aventuriers ont mis pied à terre, retaillé leurs lances , et ils vont donner l'assaut. Tous crient : A sac! à sac !
BOURRÉ. Vite, donnons-leur ce qu'ils demandent.
COUPELAUD. Hélas ! soixante deniers ; mais nous serons tous ruinés !
BOURRÉ. Aimez-vous mieux être pillés ? . '. ^
SCÈNES FÉODALES. z^î
LAGUTART. Soixante deniers ! il faut bien en passer par là.
MAiLLT. Ils nous revaudrout cela dans un autre temps. Faites rentrer ce coquin. l'ouTrier rentre.
BOURRÉ. Mon camarade, vous aurez soixante deniers à l'avenir, mais courez vite aux murailles.
l'ouvrier. Maître, soixante deniers, c'est bien peu. Les cardeurs de laine en voudraient quatre-vingts, s'a vous plaisait les leur donneré
couPELAUD. Ah! traître, tu n^en demandais tout à l'heure que soixante.
l'ouvrier. C'est que je me serai trompe, notre maître.
BOURRÉ. Aux murailles ! aux murailles! nous parlerons de nos comptes une autre fois.
LAGUTART. Euteudez-vous ces cris ?
CRIS derrière la scène. Vivent les métiers I à bas les bourgeois! Aux bâtons!
COUPELAUD. Hélas ! Os se révoltent !
BOURRÉ. Oui, vous aurcz quatre-vingts deniers.
OUVRIERS entrant en tumulte. Douze SOUS par jour I du vin ,au lieu de bierre ! du travail toute la semaine I
COUPELAUD. Que dites-vous, coquins ?
BOURRÉ. Nous sommes perdus I je cours chez moi pour tâcher de sauver quelque chose. il »ort.
OUVRIERS. Douze sous ; ou pillage, pillage ! !
COUPELAUD. Vous scrcz tous pendus, misérables !
LE CHEF DES ARBALÉTRIERS entrant. MeSSirCS, nOUS ne pOU-
vons plus longtemps défendre seuls la muraille. Les métiers nous assomment à coups de pierres, et déjà ils jettent des cordes et des échelles aux vilains.
COUPELAUD. Hélas ! que faire? Ah ! Notre-Dame de Beauvais, je vous promets un chandelier d'aigent haut comme moi... si...
OUVRIERS. Vingt sous par jour, ou nous mettons tout au pillage.
COUPELAUD, MAILLT, LAGUTART. Mcs cnfauts, mcscnfants ! mes bons amis !
OUVRIERS. A sac, à sac !
COUPELAUD. Mes chers enfants, écoutez-moi!
U% LA JAQUEftIE.
ouvBifi|tô« A sûCf à sac ! à bâs les riches ! à bas les bourgeois !
CRisdorri^ u, seène. Us sont entrés! A sac! à sac les bpurgeoâ! ^
C0UPELAUD9 MAILLY9 LAG&TABT. Ifiséricorda ! on nous pille!
SMTOn/3-IIOttft ! Ils sortent.
PAYSAN^ ejt iveiiT{JBiei3 derrière Is seèDe. Leaffoy ! Ville ga« gnée ! A mort^ à sac les bourgeois !
OVTmEia* A ^kc les bourgeois ! viyaat les mëtiers ! |
UssorteoiU