‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 112 sur 159 · F. JEAN, PIERRE · texte numérisé non relu

F. JEAN, PIERRE

pierre. Je n'aime pas ce mélange parmi nos conjurés. Encore si vous n'aviez que des hommes doux et humains comme Simon ou Morând, mais cet ivrogne de Gaillon, et surtout ce Franque!... Je ne puis penser sans frémir à toutes les atrocités qu'il a commises; d'ailleurs n'a-l-il pas renié son Dieu, aussi bien que toute sa troupe?

f. jean. Franque avait été gravement offensé : sa vengeance a été terrible, je le sais, mais enfin c'était une vengeance. Et puis, dans un temps comme celui-ci, il ne faut pas être trop scrupuleux. Franque a du cœur et un bon bras Son secours n'est pas à dédaigner.

344 LA JAQUERIE.

pierre. Quand tous ces bandits vont se trouver les maîtres, ils seront pires que des bètes féroces.

f. jean. Ne suis-je pas leur chef, et crois-tu que je ne saurai pas me faire obéir? C'est pour les retenir que j'ai consenti à me mettre à leur téte.

pierre. Fasse le ciel que vous en veniez à boutl

F. jean. Pensons d'abord à faire réussir notre entreprise. On va sonner pour prime. Aide-moi à passer celte cotte de mailles et ma robe par-dessus. Cette messe sera la dernière que j'entendrai... ici du moins. Toi, va m 'attendre sur la place ; avec cette barbe et ce manteau , personne ne pourra te reconnaître.

pierre. La cloche sonne. Jamais mon cœur n'a battu si fort à l'approche d'un danger.

F. jean. Il n'y a plus à reculer. Ce soir nous serons libres ou pendus. Quant à moi, je ferai mes efforts pour ne pas être pendu. Imite-moi, et songe à la récompense qui t'attend.

La cloche sonne.

pierre. Jésus!

F. jean. Adieu. Au sortir de l'église je te rejoins.

Ils sortent.

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