‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 129 sur 159 · SIMON, MORAND, MANCEL · texte numérisé non relu

SIMON, MORAND, MANCEL

simon. Parlez-moi de celui-là! il est bien d'une autre pâte que nos défunts seigneurs. Il cause de la moisson et des laboureurs comme s'il avait mené vingt ans la charrue.

mancel. Et il a toujours le mot pour rire.

morand. Avec tout cela, je ne sais ce que sont devenus nos gens que nous avions envoyés pour la paix. Je crains bien pour le pauvre Thomas surtout.

sinon. Bahl qu'y a-t-il à craindre? N'avons-nous pas entre nos mains des otages? C'est otages, n'est-ce pas, que dit le père Jean?

mancel. Morand ne pense jamais qu'aux malheurs. morand. C'est le plus sûr ici-bas.

On entend sonner des trompettes.

simon. On sonne la trompette, il est arrivé quelque chose ! renaud entrant. Savez-vous la nouvelle?

simon. Quelle?

renaud. Les nobles ont remis une armée sur pied. Ils ont plus de dix mille gendarmes; et le captai de Busch, Dieu con^ fonde le païen et son diable de nom 1... c'est leur capitaine :

416 LA JAQUER1E.

il marche sur nous, et demain peul-être nous aurons la bataille.

morand. Jésus I Marie! c'est fait de nous.

mancel. Impossible, Renaud !

Renaud. Franque a vu leurs coureurs, et vient d'escarmoucher avec eux : à telles enseignes qu'ils nous ont blessé une douzaine d'hommes, entre autres Topineau le jeune qui a la cuisse percée jusqu'à l'os.

morand. Par la passion de notre Seigneur! nous sommes trahis! nous n'avons plus de ressources...

simon. Le diable me brûle si je ne m'en venge pas sur ce déloyal chevalier! Topineau est le frère de ma marraine.

Il se fait un grand mouvement dans le camp. Entrent F. Jean,

Siward, le Loup-Garou.

F. jean. Nous sommes trahis ! le scélérat s'est échappé !

siward. Holà! Derrick, Louis! Qu'on m'amène mon cheval alezan ! qu'on me donne mes armes ! Je veux le rattraper, fût-il au fond de l'enfer !

le loup-garou. A cheval ! à cheval! morand. Qui donc s'est échappé?

le loup-garou. Eh! parbleu, Bellisle, ce faiseur de beaux discours. Et les gendarmes du roi sont en marche.

siward. A cheval, Loup-Garou! C'est du côté des bois qu'il a dû s'échapper.

le loup-garou. Non , j'ai vu des pas de chevaux auprès de la fontaine. Il a fait un détour pour nous donner le change.

siward. Je te dis qu'il a pris par les bois, un de mes gens a vu un cavalier entrer dans la forêt...

f. jean. Allez chacun de votre côté sans vous disputer davantage. — Vous, courez à vos bandes. — Dans une heure il faut être en marche.

Siward et le Loup-Garou sortent.

morand. Voilà un grand malheur, père Jean!

mancel. On dit que l'ennemi est nombreux.

simon. Comment ont-ils fait pour passer la Marne?

f. jean. Allez vous armer au lieu de faire css solte; questions.

Il sort.

simon. Jamais je ne lui ai vu l'air si troublé.

morand. Mauvais signe!

mancel. Allons toujours nous armer.

morand. Le père Jean baisse, on s'en aperçoit.

simon. Bah! il n'y a que toi qui le dise.

mancel. Si l'armée du roi nous attaque, nous en viendrons à bout comme nous avons fait de celle du sénéchal.

morand. Voilà bien des corbeaux du côté de l'orient. Dieu veuille, et Notre-Dame, que nous ne leur donnions pas â manger !

simon. Toujours prophète de malheur !

Ils sortent.

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