‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 145 sur 159 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Un salon dans une habitation isolée. — Sur le devant de la scène , une table avec des flambeaux , et un plateau garni de tout ce qui sert à prendre le maté ou l'herbe du Paraguay 1 .

N JOSÉ DE CARVAJAL, DONA AGUSTINA , DONA CA- TALINA, MUiNOZ, NÈGRES ESCLAVES.

don josé à Mugnoz. Ensuite?

mi'gnoz. Ensuite, monseigneur, voyant que cela ne suffisait pas pour le faire parler, je lui ai donné trois autres bons tours de corde.

TONA catalina se bouchant les oreilles. Eucorel don josé à Mugnoz. Et le coquin n'a rien dit malgré cela? mugnoz. J'ai eu beau lui...

dona catalina. Oh! c'est trop long-temps parler de supplices... Mugnoz, taisez-vous!

434 LA FAMILLE

don josé. Eh bien! mademoiselle est ici la maîtresse aj parcmment? — Ne puis-je donc interroger mes gens sans U

consentement, petite méchante?

Il lui pusse lu nui t n sous le menton.

dona catalina se levant, liriez librement de vos torture

moi je m'en vais.

don josé. Non, je veux que tu restes.

dona agustina. Mon ami, pourtant, Calalina...

don josé. Quoil faut-il encore qu'a votre ordinaire no vous entremettiez entre ma tille et moi? — Calalina, reat je le veux. 11 ne faut pas être si sensible. 11 ne s'agit que d'i nègre... Ne dirait-on pas... (Aux nègres.) Empèchez-la i sortir, .Je veux que tu restes ici. Quel caractère! [Dona Çat\ lina veut s'élancer vers la porte, mais les nèyres se placent J vant elle; alors elle va du côté de la scène le plus éloigné de é José , et s'assied les bras croisés.) (A part.) .J'aime à la W ainsi. Comme elle est belle quand le dépit lui donne do- co leurs ! comme son sein est agité ! Quels yeux ! comme ils so pleins de. rage! Elle est belle comme une jeune tigresse.— j bien! Mugnoz, nous disions?...

Dona Calalina se met à réciter à haute voix des Ave Mark pendant tout le temps que son père et Mugnoz parktit 0

semble.

mugnoz. Moi, je lui demandais toujours ses complice Cl

on n'empoisonne pas ainsi douze nègres tout seul , mais il se rait les dents comme un lézard mort et ne disait rien.

don josé regardant sa fille. Quelle tète! (à Mugnoz.) Et que tu le ménageais , Mugnoz , tu es trop doux.

mugnoz. Par le corps du Christ! vous êtes injuste, mon» gneur! J'ai fait de mon mieux : c'est tout dire. Mais un nèg vous a la peau plus dure qu'un caïman.

don josé regardant sa fille, à demi-voix. Qu'elle est bell (A Mugnoz.) Enfin?

mugnoz. Enfin, monseigneur, n'en pouvant rien tirer, jol remis au cachot, la jambe dans une bonne canguo 1 W lourde, et demain , si vous le jugez à propos, nous le brôli rons tout vif devant l'habitation... Les empoisonneurs, ea brûle ordinairement; mais, si vous l'aimez mieux...

m; CVRVA.TAL.

>on josk d'un air distrait. Bien... mais, Mugnoz*.. mugnoz. Monseigneur?...

ix»\ j«isk à dona Ayustim. Allez auprès de votre fille, madame; je n'aime pas à' avoir des espions auprès de moi. Laiss<Y-nous. — (A Mugnoz plus bas.) Tu ne me parles pas de don Alonso do Pi&ébtel? CQmment a-t-il pris le refus que je lui. ai lait? Tes espions savent-ils quelque chose?

iïugnoz. Monseigneur, voici tout ce que je sais. D'abord il a dit a l'un de ses domestiques: « Martin, » (c'est son nom), a as-tu du caHir ? J'aurai bientôt besoin de toi. » Ce qui indique, suivant moi...

don josé. Je n'ai pas besoin de tes observations. Ensuite? mugnoz. Il a dit au jésuite que vous savez, et qui était chargé àe le sonder là-dessus ; a Don José de Carvajnl me re- « iifse sa une, mais elle sera à moi, n'importe comment. », don josk. Nous \ errons.

Htioxoz. Depuis ce temps-là don Alonso va voir plus fréquemment le vieux cacique (îuazimbo, et il pousse ses chasses dans nos environs, toujours en compagnie de ce mauvais drôle qu'ils nomment ïngol, le fils du cacique.

don josé. Dans nos environs?

hucnoz. Oui, monseigneur, autour de votre habitation. Nui! et jour on voit des Indiens rôder près d'ici. Ils ont l'air d'examiner la hauteur des murs. Pas plus tard qu'hier, j'ai rencontre tmrol qui Taisait une marque à sa lance. Il était auprès «lu mur : il l'avait mesuré, j'en suis certain. Pareille canaille mériterait qu'on la reçût à coups d'arquebuse.

don josé après un silence. Bon!... cela est bien... Je suis content... Tu peux le retirer. — [Le rappelant.) Mugnoz!

mugnoz revenant* Monseigneur I

don iosé. Mugnoz, cela ne peut durer ainsi.

mugnoz. Non, monseigneur.

don josé. Et je compte sur toi, Mugnoz.

Mugnoz. Oui, monseigneur.

don josé. Il faudra que je sache quand il ira chez son ami G cacique.

mi onoz. Je li* saurai. ]mSm

don josé. Dans la montagne, sur le chemin de Tucamba,

jK famille

il y a une petite gorge dans les rochers, et tout auprès d'épaisses broussailles...

mugnoz. Oui, monseigneur, j'ai bien remarqué la place, et j e me disais comme cela , parlant à moi-môme : « Un homme qui s'embusquerait là un soir avec une bonne arquebuse... » don josé. Bien... Nous verrons demain. Va-t'en.

Mw/noz sort.

don a catalina le voyant sortir. Enfin!

don josé appelant. Catalinal dona agustina. Ton père t'appelle.

don josk. Catalina !

don A agustina bas à sa fille. Va vite, ne l'irrite \ don josé se levant. Viendras-tu , boudeuse?

DONA CATALINA. Que VOulez-VOUS?

don josé la contrefaisant. Que voulez- vous?... Quitte cet air tragique et assieds-toi à cette table. Allons, enfant, la paix. Donne-moi ta petite main, Catuja. Sois juste; ne faut- 1 pas que je fasse punir un scélérat qui m'a empoisonné douze nègres, qui me fait perdre plus de trois mille piastres?

dona catalina. Vous ôtes le maître ici.

dona agustina. Puis-je venir prendre le maté avec v

don josé à dona Catalina. Oh! quelle mauvaise petite j amais elle ne dira : J'ai eu tort. — Allons, embrasse-moi, petite mutine ; je le veux.

dona catalina le repoussant doucement. Bon, bon! no n'étions pas en querelle , pourquoi s'embrasser? — Ma m mon père vous attend pour prendre le maté que vous ver faire.

Tous s approchent de la table.

don josé. Catalina, il faut que tu m'embrasses.

dona catalina. Non, non , vos moustaches et votre me piqueraient. .

don josé. Oui , je te comprends. Mes moustaches noire- Ifl déplaisent... Tu aimerais mieux sentir sur ta joue les m taches blondes de ce freluquet d'Alonso... Eh bien! la voila toute rouge à présent. On allumerait une allumette à sa joo&

dona agustina. Mon ami...

don josé. Qui diable vous interroge ? Ne sauriez-vous vous

taire un moment? — Et toi, Catalina , cette rougeur si soudaine veut être expliquée. Qu'as-tu à nous dire?

DONA CATALINA. Rien.

don josé. Je sais que tu l'aimes... je le sais, fille ingrate; ose le nier !

don a catalina. Oui, je l'aime.

don josé se levant avec fureur. Tu l'aimes et tu oses me le dire!

don a catalina. Vous le savez.

dona agi'stina. Ma fille!

don josé. Don Alonso, un misérable capitaine d'infanterie... 'une basse extraction... un drôle...

dona catalina avec feu. Cela est faux ! sa famille est aussi noble... plus noble que la nôtre!

don josé. Insolente! est-ce ainsi que tu oses me parler? dona agustlna. Au nom de Dieu!...

don josé. Vous tairez-vous? mille tonnerres! — (A Catalina.) Oser donner un démenti à son... oser me dire : Cela est faux !

dona catalina. J'ai eu tort, j'ai oublié que je parlais à mon père... Je suis bien coupable... Mais on m'a si mal élevée!... Je ne sais rien. On m'a tenue exprès dans l'ignorance... On a espéré que je serais toujours une enfant... quo je serais... Oh! mon Dieu, venez à mon aide !

Elle pleure.

don josé. Vous excusez votre insolence par une autre insolence.

dona catalina. Je ne sais ce que je dis... Il faut que je sorte... j'ai tort.... Mais je ne puis souffrir qu'on insulte mon amant.

don josé. Ton amant ! Ainsi tu t'es prostituée à don Alonso ? Tu l'avoues ?

dona agustina. Sainte Vierge ! que dit-il?

don josé. Répondras-tu ?

dona catalina levant fièrement la tête. Je ne vous comprends pas.

don josé. Oui, tu es une ignorante, n'est-ce pas? et pourtant l'innocente sait déjà faire l'amour !

Hua «Sralvl*

LA FAMILLE

dow cata un \ . .lo voudrais être ln femme de don Alem^o

et je ne serai jamais qu'à lui.

donjosk. Je ne sais ce qui me retient!...

dona agi'stlna. Ma fi II o , ma chère Catuja , n'irrite n;i< toi

père.

don josé se promenant à grands pas. Fort bien, mademoiselle. Ibrt l>im ! — Je vois maintenant quel serpent j'ai rtôtih auprès de moi..*. Vous êtes un monstre!... Mais quant à relu que vous appelez votre amant... il ne vous aura pas, j'en réponds!... Qu'il se présente devant cette maison, qu'il essaie de vous parler, de vous enlever...

dona catalina à <h'mi-roij\ Don Alonso est un cavaliet castillan.

don josé. Eh bien?

dona UAfAiîNÀ. 11 ne craint pas la mort quand il s'agit de

celle à qui sa foi est engagée !

don josi': tirant sa Jaune. Je ne souffrirai pas que tu déshonores ma maison !

dona agustina/ Arrêtez . arrèlez-lc! au nom de tiotiv

Sauveur!...

dona catalina. Tuez-moi! j'aime mieux mourir que d» j

\ ivre ainsi.

don iosÉ. Cœur de bronze'... fille dénaturée! (// jette &à dague et court çà et là dans la chambre comme un homme m délire.) L'enfer est dans mon cœur!... Je suis le plus malheureux des hommes ! — Tout le monde me huit! — vêtis voudriez tous me voir mort, n'est-ce pas?... — (A demi voix. Oh! Satan, Satan! donne-moi seulement un mois de bonheur, et emporte-moi après ! (Il se promène quelque temps etl silchee. A un nègre») Ramasse cette dague et donne-la-moi. (// s'approche de Catalina.) Meurs, fille ingrate ! (7/ pose tègêrêràénl le poignard sur sa gorge, et le retire aussitôt en poussaîii un grand éclat de rire.) Eh bien ! as-tu eu peur?

dona catalina. Vous m'effrayez quelquefois davantage.

don josk. Si lu as eu peur, conviens-en. Ninette... .

Comment! petite sotte, tu n'as pas vu que je ne \oulais que

t 'ellrayer un peu ? C était une plaisanterie.

dona AursriNA. Comment! ïésus ! une plaisanterie!

mon, songez donc au niai que vous pouvez à line femme avec coque vous appelez une plaisanterie. Don Jasé hausse les vpauhs. Grand silence.

i josé. Ce mal* çsl détestable. Il faut que ce soit ma lemiuo qui l'ait fait.

don v catamxa à dona Àgustina. Ceci est encore une piai-

doxa agtstina. Mon ami, pourtant j'y ai mis tout le soin possible.

don josi:. Il suffît que vous vous mêliez de quelque chose pour tout gâter. Maintenant que vous êtes vieille, vous devriez au moins savoir faire le maté. Vous n'êtes bonne a rien.

dona Ac.rsTiNA. Mon ami, vous oies le seul qui ait jamais dit pareille cbo9e. Mais vous avez attendu si long-temps, que votre maté s'est refroidi.

don josé. Allons! allons! en voilà assez. Toujours radoteuse! Quel ennui d'avoir une femme 'plus Vieille cjue soi de dix aimées ! .'* mJË

dona Àgustina les larmes aux yeux. Oui, }' ai quelques années de plus que vous, mais pas tant que vous dites, don Jos<-. dona < \ r\uw Chère maman! {Elle l'embrasseM don josé. Nous vieillissons tous. Peut-être n'aurez-vous plus à supporter long-temps mes mauvaises humeurs... . Hum ? [Silence.)

dona agustina. .l'espère que nous vous conserverons encore long-temps.

oon José. Catalina, tu m'aimerais donc bien si je te donnais à ce «Ion Àlonso? S'il est vrai qu'il soit noble, comme tu le dis... peut-être...

DONA C AT A LIN A. Peut-être?. . .

don josi:. Comme elle ouvre les yeux! — Obi, je voudrais te voir heureuse. Un jour peiil-être... Mais, d'ici là> don Alonso se rompra le cou à la chassé.

DONA CATAL1NA. VOUS SOliriez ?

don josk. Oui. Tu sais qu'Alonso est un grand chasseur... Il passe sa vie dans les montagnes au milieu des précipices... il peut bien s'y rompre le cou.

dona catalina. Je comprends votre sourire; rtiâis je ne

A FAMILLE

perds pas toute espérance ; Notre-Dame de Chimpaquirà aura

pitié de moi.

don josé. Vous devenez de jour en jour plus impertinent, malgré votre prétendue dévotion. — Au reste, nou.^ verrons

bientôt.

dona catalina. Mon unique espérance est en Dieu.

don josé. Oui! priez-le, Catalina, priez-le, ainsi que votre mère, qu'il vous délivre d'un tyran, qu'il vous débarrasse...

don \ catalina. Je prie Dieu tous les jours qu'il veuille loucher le cœur de mon père.

don josé se levant. Dieu.... le ciel n'écoute point une fille qui lui demande la mort de son père. Je vous connais... Mais prenez-y garde! ne me poussez point à bout!... Ceux qui s'opposeront à mes volontés, je les écraserai sous mes pieda comme je brise ce vase. (Il jette avec force um* porcelaine par terre.) Qu'on me fasse venir Mugnoz! (Il sort.)

dona agustina. Hélas! mon beau sucrier en mille morceaux! mais aussi, ma chère Catalina, pourquoi parles-tu avec si peu de ménagements à ton père"? Tu sais comme il estaient, et tu l'irrites toujours. Dieu! que vous m'avez effrayée tous les deux ! Va, tu es le vrai portrait de ton père; lu es aussi entêtée , aussi irascible que lui. — (Bas.) Mais, je n'y pensais pas; on nous écoute, ma fille. Si ces noirs restent, nous ne pourrons causer.

dona catalina aux nègres. Sortez.

Les nègres sortent.

dona agustina. Comme elle sait se faire obéir ! Jamais jfl n'aurais osé leur parler avec cette voix-là. Ah! Catuja, si n étais un homme, tu ferais autant parler de toi que les conq'it • ranls de ce pays!

dona catalina. Plut au ciel que je fusse un homme!

dona agustina. Par exemple, pourquoi aller dire à don José que tu aimes le capitaine de Pimentel? je sais bien qu'à ton âge on regarde les jeunes gens , mais on n'en parle pus? J'ai remarqué que ton père s'irrite toujours quand il est question de te marier. Comme il t'aime beaucoup , cela lui ferait de la peine de te quitter.

dona catalina. Il m'aime beaucoup! Jésus!

E OARVAJAL,

don \ agustina. Oui , malgré ses brusqueries, je vois bien qu'il n'aime que toi. Avec un peu de douceur, tu en ferais ce (|ue tu voudrais; mais tu le braves toujours. H est colère Comme toi, emporté Tu n'y prends pas assez garde. Promets-moi , ma Catalina , que tu vas aller le trouver dans sa

chambre

don v < vr ujNA. Moi !

dona agustina. El que tu lui diras : « Mon père, il est vrai » que j'aime don Alonso, mais jo vous aime encore plus »

DONA catalina arec cm portement . .le ne dirai pas ce qui e$1 faux, je ne sais pas mentir.

dona agustina. Ah ! mon enfant, une fille doit toujours aimer son père, l'Écriture le dit. Et puis pense donc, ma chère, combien il t'aime. *

dona catalina impétueusement. Il m'aime plus que vous ne pensez !

dona agustina. Oh ! ne me regarde pas comme cela , ma fille ! il me semble que je vois ton pèrel

dona catalina lui prenant la main. Ainsi, vous avez peur de cet homme? # dona agustina. De cet homme !

dona catalina. Nous ne pouvons plus vivre sous le même toit que lui. 11 faut que nous quittions toutes deux cette demeure. Je veux être libre; je veux que vous soyez libre aussi.

dona agustina. Quitter ce logis! Et mon mari, bon Dieu! que dirait-il si nous nous en avisions?

dona catalina. Répondez-moi , ma mère! pouvez-vous \ivre ici? Cette maison n'est-elle pas un enfer pour vous? et pour moi ! . . . . sainte Vierge !

dona agustina. Il est vrai que, si je te savais bien mariée, bien établie, j'entrerais volontiers dans un cloître, dont la règle ne fût pas trop sévère. Du moins, voilà ce que je ferais, si don José voulait bien me le permettre.

dona catalina. Vous n'irez point dans un cloître, vous me suivrez dans une famille où m'attendent le repos et le bonheur, qui ne peuvent exister ici.

dona AGiSTiNA. Tu m'clfraics, ma chère enfant; expliquetoi, voudrais-tu te faire enlever ?

LA FAMILLE

dona catalina. Oui, on m'enlèvera à la honte, à l'infamie. Un ami que le ciel m'a donné dans ma misère, un homme qui n'a jamais faussé sa parole, m'a juré qu'avant peu je serais libre; cet ami, je l'attends.

dona agustina. Don Alonso! Mais cela est épouvantable' Malheureuse enfant et ton père !

dona 6 at A lin A. Mon père ne m'a pas la

11 que je pei d<

un on

parti à prendre. Il faut que je me sauve, âme. Ma mère, je vous en conjure, suivez-iimi.

dona agustina. Où veux— tu te réfugier?

dona catalina. Nous trouverons un asile chez le cacique

( iuazimbo.

dona agustina. Chez lo» Indiens? doux Jésus 1 ehez ce> ennemis de Dieu 1

dona catalina. Ils sont meilleurs chrétiens que votre mari, et, pour sortir de cette maison, je fuirai, s'il le faut, dans les sa\ancs, jusque dans la tanière du tigre. Nul danger ne m'arrêtera. Vous ne devez pas rester non plus; il vous tuerail si je m'échappais.

dona agustina (tut étonnée. Qui? le cacique ?

dona catalina. Vous me suivrez , il le faut. Jurez-moi de

me suivre.

dona agustina. Mais....

dona catalina. Voulez-vous vous rendre complice d'un

crime horrible?...

dona agustina. Jésus! tu me fais trembler.

dona catalina. Vuulcz-vous précipiter votre mari dans

l'enfer? — Voulez-vous me damner, moi aussi?

dona agustina. Ma pauvre fifle a perdu la raison. Hélas !

que je suis malheureuse 1

dona catalina. Ètes-vous doue aveugle? — 11 faut choisir. — Dois-je fuir? ou faut-il que je devienne la concubine de

mon père ?

dona A<;i s tin a. Sainte Marie! quels mots dis-tu là ?

dona catalina. Oui, mon père m'aimo. Mon père aime sa fille. Maintenant vous sentez-vous le courage de în'nccompa- L r ner dons ma fuite 0

DE CAHVAJAL. i i.5

don \ agustina. Mais... cd es-tu bien sûre, ma fille?

dona catalina avec un sourire amer. Une fille croit-clle n pore coupable sur uu simple soupçon?

don\ Ai.iMiNv. Doux Sauveur! jamais je n'oserai rester seule avec lui.... Mais.... ah! Jésus! Maria! quelle histoire!

dona cata lin a. Étendez la main mis ce crucilix. Vous pie jurez que jamais don Alonso, que jamais }>ersonne au monde ne saura rien de l'horrible secret que je viens de vous coDÛei

dona agustina. Je lo jure.... Ali! mon Dieu!...

dona catauna. Eh bien! ma mère, cette nuit même, dans une heure, Alonso viendra nous chercher.

dona mina. Celte nuit! je me sens défaillir.

dona catalina regardant à la fenêtre. La croix va s'mcliner '.Il sera bientôt minuit. Quand nous entendrons le rugissement d'un tigre, alors nos amis seront là : il faudra descendre dans le jardin.

dona agustina. Mais toutes les portes seront fermées.

dona catalina. Ils a[>porteront une échelle de corde, et de la fenêtre de ma chambre je leur jetterai un lacet pour la bisser.

DONA agustina. Et il faudra descendre par là!

dona catalina. Je sauterais du haut d'une tour pour être libre. Hpfi

dona agustina. Mon doux Jésus, donnez-moi du courage! — Ma fille, es-tu sûre que ton père soit couché?

dona catalina. Il doit l'être maintenant. Venez dans ma chambre; le temps pressé".""

dona agustina. Seigneur, ayez pitié de nous! Saiule Agathe, sainte Thérèse, priez pour moi!

NHrch Elles sortent.

LA FAMILLE

Page 1