‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 19 sur 159 · DON JUAN, MADAME DE COUL ANGES · texte numérisé non relu

DON JUAN, MADAME DE COUL ANGES

don juan. Je vous en conjure , excusez mon impertinence. Mais... je vous trouvais seule... dans ma chambre... si tard... Et vous veniez pour nous sauver!

madame dk couxanges. Monsieur, ne parlons plus de cela. Êtes-vous sûr de réussir? vos mesures sont-elles prises?

don juan. Oui. Nos régiments se concentrent sur Nyborg. La flotte anglaise sera...

madame de coulanges. Je ne vous demande rien ; ne me dites rien; mais ètes-vous bien sûr du succès?

don juan. Autant qu'on peut l'être.

madame de coulanges. J'en suis bien aise.

don juan. Dans peu de temps je reverrai l'Espagne.

madame de coulanges. Quelle joie vous aurez de vous retrouver au milieu de vos amis... après une si longue absence 1

don juan. Hélas il y a quelque temps je désirais si vi-r vement retourner en Galice!... mais maintenant je suis malheureux de quitter cette île sauvage,

madame de coulanges. Songez à vos devoirs , monsieur ; vous allez combattre pour votre patrie... vous aurez des distractions de toute espèce. Moi... je... j'espère que vous serez heureux en Espagne.... que la paix se fera.... et alors.... si vous revenez en France... j'aurai bien du plaisir à vous revoir.

don juan. Je ne vois que malheur dans mon avenir... Vous . avez été mon bon ange... et maintenant...

JOLKNfcJS Ul, SCÈHE III. 59

madame dk coulanges. Je vous reverrai encore une fois avant votre départ. Je brode en ce moment une petite bourse que je vous prierai de vouloir bien accepter comme un souvenir de moi.

don juan. Je n'y puis plus résister. Madame , dounez-moi la vie ou la mort. — Dites-moi, voulez-vous?... j'ose à peine vous le proposer... voulez-vous accepter mon nom, et me suivre dans mon malheureux pays?

madame de coulanges. Monsieur!... que me proposez-vous? (A part.) Oh! si je ne l'aimais pas tant!

don juan. Je sais que l'Espagne est un pays bien triste pour une Française , et dans quel état se trouve-t-elle maintenant! Une tente de toile, la paille d'un bivouac... voilà la diambre qu'aura peut-être long-temps l'épouse de Juan Diaz... Je ne vous parle pas de ma fortune, de ma naissance... votre âme est trop élevée pour se laisser toucher par de semblables considérations... mais.... si le plus ardent amour, si la plus vive amitié... vous paraissent dignes de votre cœur... Je ne vous aime pas assez, pensez-vous, je ne vous aime que pour moi, je ne vous offre que des maux, des souffrances à partager... mais que puis-je faire? Mon pays m'appelle... et je sens que je ne puis vivre sans vous!

madame de cqulangks. Monsieurl... se peut-il... vous, me donner votre main?... Je suis une Française sans fortune... comment pouvez-vous songer à moi... vous renoncez à votre av enir 1

don juan. Eh quoil vous n'avez pas de répugnance pour moi? Vous m'aimez?

madame de coulanges. Oui, don Juan, je vous aime, mais je ne puis vous épouser.... non, cela ne se peut.... Ne m'en demandez pas davantage I

don juan. Je suis le plus heureux des hommes ; ne pensez plus à la différence de fortune... ehl qu'importe! Si vous étiez plus riche que moi, est-ce que vous ne m'aimeriez pas?

MADAME DE COULANGES. Oh ! plût au ciel 1

, don juan. Eh bien 1 laissez-moi donc être aussi généreux que vous. .

madame de coulanges. Non... Vous m'avez rendue heureuse... je suis contente... Adieu.

don h; an. Que signifie ce mystère? Dites-moi bien vite vos scrupules, mon amour les lèvera.

MADAME DE CO^fNGES. Je lie puis.

don Juan. Vous me désespérez.

madame de coulanges. Ma famille est si nombreuse ! don juan. Je suis riche.

madame de coulanges. Ma mère...

don juan. Je la déciderai à nous suivre.

madame de coulanges. Non, non, elle ne le voudra jamais. don juan. Vous me cachez quelque vain scrupule , doua Elisa; au nom de notre amour, dites-le-moi.

madame de coulanges. Pourquoi me pressez- vous?... Écoutez, don Juan, vous allez en Espagne. De graves intérêts vont réclamer tout votre temps, tous vos efforts... Au milieu du tumulte et des dangers des camps, que deviendrais-je?... une femme vous embarrasserait; songez aux dangers de la guerre.

don juan se frappant le front. Sans doute!... vous avez raison î... mais je croyais qu'une femme pouvait aimer comme moi! — Adieu, madame, vous m'avez dicté mon devoir. Oui, je vais en Espagne; mais le premier boulet, j'espère, sera pour moi. Au moins vous n'aurez pas la douleur d'être veuve.

madame de coulanges. Arrêtez, don Juan.... ne croyez pas ce que je viens de vous dire... le coup qui vous atteindra me frappera aussi... Mais il est une raison terrible qui m'empêche de vous épouser... je vous aime trop pour vous épouser sans vous la dire... mais ne me la demandez pas si vous voulez m'aimer. Adieu, don Juan, je penserai toujours à vous.

don juan. Élisa, Élisa, je vous jure sur mon honneur que jamais je ne vous demanderai cette raison... jamais je ne vous en parlerai.... je n'aurai pas la moindre inquiétude.... rien ne peut altérer mon amour... mais, si vous avez quelque affection pour moi, consentez à me suivre... {Avec une inquiétude mal dissimulée.) Quelque scrupule... quoique enfantillage vous arrête ?

madame de coulanges. Don Juan, en me déclarant votre amour, vous m'avez rendue plus heureuse que je ne l'ai jamais été; vous me forcez maintenant à |>erdre tout ce bonheur en un instant... mais vous le voulez.

JOlKNJSfc III, St'KJiK III. 01

don juan. Non, je ne le veux pas! ne me dites rien ï . . . je \ous jure d'avance que tout ce que nous pourrez me dire ne m'empêchera pas de vous aimer... Vous êtes ce que j'ai de plus cher au monde; et si l'honneur et mon pays ne m'obligeaient pas à...

madame de cou langes. Non , vous ne saurez jamais mon secret.

Elle sort et s enferme chez elle.

don juan seul. Qu'a-t-elle? Quel est ce secret qu'elle n'ose m'avouer? (// frappe à la porte.) Élisa ! Élisa I — Elle ne répond pas !... Élisa ! — Jamais homme fut-il plus malheureux ! Tout in'accable à la fois. Je m'y perds. Je ne sais que penser d'elle! Mais jamais je ne l'ai tant aimée. Ah! Dieu soit loué! voici sa mère.

Entre madame de Tourville.

Venez, madame, venez me rendre la vie. Je suis un homme mort si vous ne venez à mon secours.

madame de tourville. Qu'y a-t-il, monsieur? Qu'avezvous? Comment puis-je vous être utile?

don juan. Ah ! madame, c'est entre v os mains que je remets ma destinée... je suis bien malheureux... je viens de voir madame votre fille, et je lui ai fait l'aveu d'un amour...

madame de tourville. Comment ! monsieur, à ma fille?

don juan. Oui, je l'adore , je ne puis vivre sans elle. Elle m'a avoué qu'elle n'avait pas de répugnance pour moi... qu'elle m'aimaiU... et puis.... je ne sais quelle idée bizarre s'est emparée d'elle... elle^m'a dit qu'elle ne serait jamais ma femme... Ah! madame, si vous avez quelque empire sur el!e!....

madame de tourville stupéfaite. Vous voulez épouser ma fille?

don juan. Oh 1 si elle consentait, je serais le plus heureux des hommes.

madame de tourville. Vous!... [À part.) Qu'ai-je fait, malheureuse que je suis! Moi qui n'y ai pas pensé!

don juan. Mais jamais, malgré mes prières, elle n'a voulu m'avouer le motif ou le scrupule...

b'Jt LES ESPAGNOLS.

madame de Tui HviLLE. Mais, monsieur, les convenu fortune, d'abord, sont-elles?...

don juvn. Ne me parlez pas de cela. J'ai trente mille piastres de revenu... je suis riche, noble... mais qu'importe? Elle a quelque scrupule extravagant, elle me le cache, elle me lait mourir !

madame de tourville à part. Imbécile que j'étais ! À quoi pensais-je donc? Il y avait bien plus à gagner de ce côté-là !

don Juan. Au nom du ciel, madame, je vous en conjure! allez la trouver... soyez dès à présent ma mère... parlez pour moi... dites-lui combien je serai malheureux si elle n'est pas à moi... — Mais vous-même, madame, vous partagez peutêtre le"s préventions de votre fille?

madame de tourville. Moi, monsieur le colonel? au contraire, j'ai la plus haute estime pour vous. Je désire même l'honneur de votre alliance. (A part.) Elle a perdu la tète.

don juan. Vous me comblez! Courez, ma chère madame de Tourville ! dites-lui que je ne veux pas savoir ses secrets.... dites-lui que si elle ne me hait point...

madame de tourville. Colonel, croyez, je vous prie, que ce n'est qu'un enfantillage au fond... J'ai trop bien élevé ma fille pour qu'elle ait quelque chose de sérieux à cacher à son mari. [A part.) Je serais bien bète si je manquais la balle au bond. La gratification ne vaut pas ce que je puis tirer de celui-là. Je vais tout lui dire.

don juan. Ah ! madame, je n'espère qu'en vous!

madame de tourville. Écoutez-moi, jeime homme, j'ai quelque chose de plus sérieux à vous dire.

don juan. Ma chère madame de Tourville, allez lui parler, ramenez-la, il n'est rien que je ne puisse entendre.

madame de tourville. Un peu de patience, étourdi! Je viens de chez monsieur le résident de France. J'avais à lui parler. J'ai attendu quelque temps dans l'antichambre, car il avait quelqu'un avec lui... La curiosité naturelle à mon sexe m'a fait prêter l'oreille, il faut l'avouer, et, la cloison étant fort mince, j'ai tout entendu. Savez-vous ce qu'il disait? Il complotait, monsieur Juan Diaz, avec un jeune homme étourdi comme vous ; il complotait d'inviter le général à diner

JOURNÉE ni, SCÈNE TH. A3

pour l'assassiner ou se rendre maître de sa personne, en attendant que les régiments français qui sont en marche puissent arriver ici, et vous exterminer tous tant que vous êtes d'Espagnols dans cette ile.

don juan. Que dites-vous?... le résident I

madame de tour ville. Le petit jeune homme qui était avec lui avait l'air de ne pas y consentir, il lui a même remontré combien sa conduite était affreuse. .. mais ce coquin de résident Ta menacé de le faire fusiller, et il a bien été obligé d'y consentir, quoique malgré lui, j'en suis sûre.

don juan. Et vous l'avez entendu?

madame de tourville. De mes oreilles. Vous ne lui ferez pas de mal, n'est-ce pas, à ce petit jeune homme?... Quant au résident, c'est un vieux scélérat bien taré, et qui est digne de tout votre courroux.

don juan. Je vais chez le marquis de La Romana, veuillez m'y accompagner.

madame de tourville. Au moins ne manquez pas le résident. Je suis encore tout émue de son infAme trahison... il faut le faire fusiller tout de suite, sans l'écouter.... Pour l'autre...

don juan. Son affaire est claire. .

madame de tourville. Vous m'avez promis de lui faire grâce... Mais écoutez, bon jeune homme.,, écoutez, mon enfant,..

don juan» Ah ! ma bonne mère 1

madame de tourville. Je vais vous amener ma fille, et, pendant que vous ferez votre paix avec elle, je m'en vais instruire de tout votre général ; de cette façon, nous ferons d une pierre deux coups.

don juan. Allez vite auprès d'elle. Je reviens aussitôt.

madame de tourville. Non , restez. Je vous l'amène... — Elle est d'une innocence, cette pauvre Élisa... Ma foi, entre nous, je ne sais si son premier mari a été... son mari... c'était un vieux goutteux... Elle est d'une innocence... voua rirez.

don juan. Entrez vile.

madame de tourmlle. Une embuscade. Ne dites mot. Ran-

fi4 LES ESPAGNOLS.

gez-vous du côté de la porte. (Elle frappe.) C'est moi, c'est ta mère; ouvre, Élisa. [Elle entre.)

don jitan seul. Je ne sais si c'est le bon Dieu ou le diable qui mène nos affaires! ma tète est en feu! Je n'y puis plus tenir. Jamais je ne fus mis à pareille épreuve. Écoutons.... sa mère semble la presser... elle résiste...

.madame de tourville. Au secours, colonel ! à moi!

• Don Juan entredans l appartement, et en sort bientôt entraînant madame de Coulanges ; madame de TourviUe.

don juan. Oh ! vous ne m'échapperez plus. Vous êtes à moi pour la vie, votre mère y consent.

madame de tourville. Ah ! ce tendre spectacle m'arrache des larmes de joie. Allez, mes enfants, aimez-vous, soyez heureux, c'est votre mère qui vous bénit. (Bas à don Juan,) Je vais chez votre général.

Elle sort.

don juan. Au nom du ciel, regardez-moi, Élisa! Que vous ai-je fait? Est-ce que vous ne m'aimez plus?... Donnez-moi votre main... Ah! vous avez beau faire, vous prendrez cet anneau. — (// s efforce de lui mettre un anneau au doigt.) Maintenant il n'y a plus à s'en dédire, vous avez mon anneau. Hommage à la marquise *de ***.

madame de coulanges. Vous voulez donc tout savoir? — Laissez-moi ; reprenez cet anneau et gardez-le pour une marquise. Savez-vous, don Juan, ce que je suis venue faire ici? On me donne six mille francs par an pour surprendre vos secrets. Que vous en semble, don Juan?

don juan atttrré. Ah !

madame de coulanges. A présent vous savez l'honorable profession que j'exerce... mon véritable nom est Leblanc... Voulez-vous savoir l'histoire de ma vie? écoutez un instant... vous n'êtes pas au bout, et vous avez encore besoin de votre courage.

don juan. De grâce!... c'est une plaisanterie.

madame de coulanges. Silence!... Ma mère m'a élevée dans l'espérance que ma beauté et mon esprit lui rapporteraient de l'argent. Entourée d'une famille accoutumée à l'infamie, faut-il s'étonner que j'aie si bien profité des exemples

que j'avais sous les yeux? — Oui, don Juan, je suis payée par la police; ils m'ont envoyée ici pour vous séduire, pour lirer de vous les secrets de votre ami , pour vous mener à l'échafaud. (Elle tombe sur un canapé.)

don juax. Élisa !.. . oh! j'en mourrai... Élisa!...

MADAME de coulanges. Vous ne vous êtes pas enfui?

don juan. Vous êtes malade, Élisa! Vous êtes folle!

madame de coulanges. Retirez-vous, monsieur, vous vous souillez en touchant une misérable comme moi. — J'aurai bien assez de force pour regagner ma chambre toute seule. (Elle fait un effort pour se lever, et retombe aussitôt.)

don juan. Élisa, tout ce que vous dites est faux... Vous et votre mère, ne venez-vous pas de nous découvrir les pièges que nos ennemis nous préparent?

madame de coulanges. J'ignore ce que ma mère a pu vous dire ; mais moi , don Juan , moi , j'ai été payée , payée pour surprendre vos secrets

don juan. Je ne veux pas vous croire.

madame de coulanges. Du moment que je vous ai connu, j'ai en quelque sorte changé d'âme... mes yeux se sont ouverts... pour la première fois j'ai pensé que je faisais mal... j'ai voulu vous sauver... 0 don Juan! l'amour que je sens pour vous, souffrez que je parle encore de mon amour... mon amour pour vous m'a rendue tout autre... je commence à voir ce que c'est que la vertu... c'est... c'est l'envie de vous plaire.

don juan. Malheureuse femme! maudits soient les barbares qui ont corrompu ta jeunesse !

madame de coulanges. 0 don Juan! vous avez pitié de moi. Mais vous êtes si bon!... vous souffrez quand vous voyez souffrir votre cheval!... Oh! je penserai à vous toule ma vie... Peut-être aussi Dieu aura-t-il pitié de moi ; car, oui , il y a un Dieu au ciel.

don juan. Mais maintenant vous aimez la vertu !

madame dr coulanges. Je vous aime de toutes les forces de mon àme... Mais je vous dégoûte... je le vois.

dov juan après un silence. Écoute, Élisa, sois franche; une seule question... As-tu jamais causé la mort d'un homme 9 ...

Mais, non, no me réponds pas... je ne te demande rien... je ruai pas le droit, moi, de to demander cela... Moi!... Eh! n'ai-je pas combattu à Trafalgar, à Eylau, à Friedland, pour le despote de l'univers?... N'ai-je pas tué des hommes généreux qui combattaient pour la liberté de leur patrie?... U y a quelques jours . n'aurais-je pas, au premier coup de tambour, sabré un patriote pour le bon plaisir de l'empereur? et moi! j'ose te demander!... Tous les hommes sont des loups, des monstres!... Je suis tenté de lui brûler la cervelle et de me tuer ensuite sur son corps.

.madame de coulanges. Je vous répondrai, don Juan, je le puis. Je vous le jure par... mais des serments dans ma bouche, qui pourra les croire? Non, jamais je n'ai causé la mort d'un homme... Relevez-vous, don Juan, reprenez votre anneau... mais remerciez le hasard qui m'a protégée... Si ces mains que vous baisez ne sont pas teintes d'un sang innocent, j'en remercie le hasard... Avant de vous connaître, je ne sais ce que j'aurais fait...

don juan. Tu es aussi vertueuse, Élisa... tu es plus vertueuse que toutes ces bégueules qui, parce quelles ont passé leur vie dans un couvent , se vantent de leur courage à résister aux tentations! Élisa, tu es ma femme!... Ta mère restera ici, je lui donnerai autant d'argent qu'elle en voudra... mais toi , tu me suivras, tu seras mon compagnon, tu partageras toutes mes fortunes.

madame de conLANGES. Vous êtes fou. Dans un instant vous changerez d'idée , et alors vous vous étonnerez d'avoir jamais senti de la pitié pour une créature comme moi.

don juan. Jamais, jamais!

madame de coulanges. Oui , je suis assez heureuse, puisque vous ne m'avez pas déjà repoussée du pied comme un être malfaisant. Je neveux pas faire le malheur de votre vie en vous prenant au mot dans un moment d'enthousiasme. Il vous faut une femme, don .luan, qui soit digne de vous. Adieu.

don juan. Vous ne me quitterez pas, de par tous les diables! Je ne puis me passer de vous , je ne pourrai jamais aimer que vous. Venez avec moi. — Eh! qui jamais saura votre histoire eu Espagne ?

madame de coulanges. Ah! don Juan!... (Kfk lu* WWl

JOUBNÉK III, aCfcXE III. «7

la main.) Soit, je vous suis. Mais je ne serai pas voire Tomme; je serai votre maîtresse, votre domestique. Quand vous seres las de moi, vous me chasserez... Si vous me souffrez auprès 9 de vous, ce sera entre nous à la vie et à la mort.

don juan. Tu seras toujours ma maîtresse et ma femme. {Il lembrasse.)

madame de coula ng es. Ma résolution est prise, je n'en changerai pas.

Entre madame de Tourville.

madame de tourville. Dans les bras l'un de l'autre!... Enfin je suis contente! Je vous avais bien dit qu'elle ne demandait pas mieux.

don juan. Élisa , laisse-nous un instant. Attends-moi dans mon appartement, je t'y suis.

Madame de Coulanges. sort.

madame de tourville. Déjà vous vous tutoyez? — Le général vous demande.

don juan. Je sais qui vous êtes, madame... si je le voulais, je vous ferais pendre. — Voulez-vous dix mille piastres pour rester ici, ou aller au diable, si vous voulez, à condition de ne jamais revoir votre fille, p!e ne jamajs lui parler, de ne lui écrire jamais?

madame de tourville. Monsieur... mais... ma chère fille.

don juan. Dix mille piastres... réfléchissez!

madame de tourville. Une mère si tendre...

don juan. Oui ou non?

madame de tourville. J'accepte les piastres... mais il est pourtant bien dur pour une mère...

don juan. Rentrez chez vous. Ce soir vous les aurez. N'essayez pas de sortir, ou les sentinelles feront feu sur vous.

madame de tourville. Au moins permettez-moi , pour la dernière fois... N

don juan. Sortez! et ne m'échauffez pas la bile!

madame de tourville à part. La petite rusée !

Elle sort.

le marquis entrant. Ma foi! je me rends. Vivent les jolis

garçons! Madame de Tourville m'a dit la vérité. Voici la lettre du résident qui m'invite à dîner chez lui.

don juaiv. Douze balles dans la cervelle , voilà ce qu'il lui faut!

lk marquis. Je ne lui en destine pas davantage , je ferai arrêter ses estaliers, et son dîner finira tout autrement qu'il ne l'espère. Ce sera le dernier que nous ferons dans cette île. Le vent est favorable; demain l'amiral anglais jettera l'ancre devant Nyborg. — Je m'assurerai des officiers allemands et danois de la môme manière qu'ils prétendaient le faire à notre égard.

don juan. Fusillez! fusillez! fusillez! tous les hommes sont des faquins qui valent tout au plus la cartouche qui les envoie dans l'autre monde.

le marquis. Peste! comme tu y vas! Je ne veux faire tuer personne; excepté pourtant monsieur le résident, que je ferai pendre bien et beau pour lui apprendre qu'une salle à manger doit être aussi sacrée que le lieu des séances d'un congrès. Demain il servira d'exemple aux diplomates à venir, et d'enseigne à cette auberge.

don juan. Amen!

le marquis. Porte ce billet au colonel de Zamora. Que l'on arrête tous les courriers. L'artillerie volante est arrivée. Je vais écrire au commandant. Le fort sera occupé par les grenadiers de Catalogne. Tous les régiments se réuniront à cinq heures sur la place d'armes; et, si le diable ne s'en mêle, le prince de Ponte-Corvo ne trouvera personne ici pour répondre à l'appel,

don juan. Ah! général, je voudrais déjà me voir vis-à-vis des Français.

Jh sortent.

JOURNÉE III, SCÈNE IV. fi9

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