SCÈNE m
antonio. Tout à Theuro. Mais montre-moi que tu m'aimes auparavant.
mariquita. Eh bien! vite. — Vous êtes bien innocent!...
antonio. Innocent! innocent! moi le plus grand pécheur 1 un réprouvé! un damné l un damné! mais je t'aime, et je renonce au paradis pour contempler tes yeux.
mariquita. Partons, partons, et puis nous ferons l'amour ensuite comme deux tourtereaux. Tiens. (Elle l'embrasse.)
antonio criant. Qu'est-ce que l'enfer quand on est heureux comme moi !
rafael entrant et se signant. Vive Jésus! que vois-je? antonio. Rafael !
rafael. Scélérat! c'est donc ainsi que tu profanes la croix que tu portes?
antonio. Seigneur Rafael, je ne suis plus prêtre, je suis l'époux de Mariquita.... Bénissez notre mariage.... marieznous. (Il se met à genoux.)
rafael. La malédiction de Dieu sur ta tète !
antonio le prenant au collet. Marie-moi, ou je te tue ! (Ils luttent quelque temps. Antonio renverse Rafael; celui-ci tire un poignard.)
mariquita. Prends garde à toi, l'innocent!
antonio lui arrache le poignard. Tiens, maudit! (77 le frappe.)
rafael. Ha!... je suis mort! et le diable m'attend!... Antonio, tu es plus fin.... que moi.... Qui l'eût dit!... Va, je te pardonne pour la ruse, et puis.... parce que je ne puis pas.... me venger.... Adieu.... je vais commander la chaudière.... En attendant.... jouis de ton reste.... Domingo.... je l'ai enfermé.... j'ai écarté les surveillants.... mais tu m'as prévenu.... Tu n'es pas si bète.... que je l'avais....
antonio atterré. Tu ne dis pas tes prières?
rafael riant. Mes prières!... ha, ha, ha !... m'y voilà. (// 7Murt.)
mariquita. Je vais prendre sa robe, et nous passerons sans être reconnus.
Antonio. En une heure je suis devenu fornicateur, parjure, assassin.
mariquita. En voyant cette fin tragique, vous direz, je crois, avec nous qu'iNE Femme est un Diable.
antonio. C'est ainsi que finit la première partie de la Tentation de saint Antoine. Excusez les fautes de l'auteur.
NOTES
1. Clara Gazul affecte tic se servir du mot errtnedie., comedia, employé par les anciens poètes espagnols pour exprimer tout ouvrage dramatique, ou bouffon ou sérieux.
2. Certaines expressions dans le rôle d'Antonio pourront peut-être scan • daliser les dames. L'auteur les supplie de songer que < e pauvre jeune homme n'avait jamais vu le monde, et n'avait lu d'autre livre que l'Ecriture, où chaque chose est appelée par son nom.
3. Le diable ne peut entrer dans le palais du Saint-Office qu'avec la permission d'un inquisiteur.
4. Un officier du 42 me régiment (anglais), qui jouait avec moi, m'apprit cette chanson, que je traduisis en espagnol, et sur laquelle je fis un air de ma façon. J'avais alors 13 ans. (1812.) C. G.
JOHN BARLEYCORN,