SCÈNE II
pendant c'est là le côté faible. Tout bien considéré, je veux m'en passer la fantaisie.
don esteban aigrement. Monsieur le capitaine, la personne dont vous parlez n'est pas* du nombre do celles dont vous puissiez vous [>a$ser la fantaisie.
don Carlos. Une paysanne !
don esteban. Paysanne, ou autre, je vous prie de diriger votre chasse d'un autre côté.
don carlos. Ah ! ah ! c'est qu'apparemment vous avez la priorité? Soit! mais deux chasseurs peuvent bien courre le môme lièvre.
don esteban. Trêve à vos plaisanteries ! Sachez, monsieur, que cette paysanne, sur le compte de qui vous vous égayez, sera demain ma femme.
don carlos. A vous?
don esteban. Oui, monsieur, à moi.
don carlos. Ah! ah! ah! La plaisanterie est excellente! mais en<,vérité, j'admire votre sérieux. Ah çà ! vous savez qu'entre amis on se passe ses conquêtes après quinze jours de possession?
don esteban. Monsieur, encore une fois, je parle très-sérieusement. Je vous prie de regarder dès à présent InèsMendo comme la baronne de Mendoza.
don carlos. Une paysanne la baronne de Mendoza! fort bien! très-bien joué! Appuyez! voyez un peu cet air hypocrite !
don esteban frappant du pied. Vous ne finirez pas !
don carlos. Après la lune de miel, vous serez plus traitable, vous me permettrez de la prendre pour épouse ! ah 1 ah ! ah !
don esteban lui donnant un soufflet. Voilà qui vous prouvera que je parle sérieusement.
don carlos Yépée à la main. Et voilà pour châtier ton insolence.
Ils se battent. Don Esteban le tue.
don esteban; Tiens, tu ne plaisanteras plus! —Maintenant, songeons à nous... dans la province on est sévère en diable pour ces sortes d'affaires.. . je me sauve à Madrid... mais d'a-
118 IJSÈS MENDO.
bord il faut dire adieu à Inès; mon père l'amènera à Madrid... et mon mariage ne sera retardé que de quelques jours.
Il sort. Entrent deux paysans.
premier paysan. C'est comme tme vermine dans ce tempsci; tous les soldats licenciés s'en mêlent; mais moi je ne les crains pas. L'autre jour, j'en ai fait détaler deux que je rencontrai à la brune du côté de Navaja ; j'allais couper du bois, quand voilà qu'un de ces coquins, qui s'était couché à platventre (Il butte contre le cadavre et tombe par terre.) Hai !
messieurs, prenez mon argent, mais ne me tuez pas,
second paysan. Imbécile ! c'est un homme qui n'en tuera pas d'autres. Vive Jésus 1 c'est le capitaine, le fils de notre alcade !
premier paysan. Oh! quel trou il a au milieu de l'estomac!
second paysan. Tiens, tiens! vois-tu là bas un homme qui se sauve ? C'est celui qui l'a assassiné, il n'y a pas de doute. Si nous le ramenons, nous aurons une bonne récompense de l'alcade.
premier paysan. Je vais chercher main-forte auviïlage.
second paysan. Non, reste auprès du cadavre ; moi, je vais faire poursuivre le meurtrier.
premier paysan. Dépêche-toi, je n'aime pas à rester longtemps auprès d'un mort.