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don esteban. Sérafine !. . . . dites!.... dites que vous me
choisissez pour votre chevalier.
la duchesse. Non , Esteban, je ne le puis. C'est déjà trop que, pour moi, vous vous soyez exposé au ressentiment d'un ministre cruel. M accompagner dans le Portugal insurgé, ce serait vous déclarer mon complice , vous fermer à jamais le chemin de l'Espagne... Non , cher Esteban, je ne puis vous perdre ainsi de gaieté de cœur. Songez que, comme gouverneur de cette province, vos démarches, même les plus indifférentes...
don esteban. Que m'importe la colère d'Olivarès! Je voudrais avoir d'autres dangers à braver pour vous. D'ailleurs, en vous accompagnant, je me dérobe aux poursuites de la justice de Badajoz, que j'ai rudement malmenée.... Dona S< rafine, ne me refusez pas, je vous en conjure. ( II lui prend la main. )
la duchesse. Impossible!... vous ne pouvez abandonner votre famille.... votre chère Inès... Ahl ce nom doit vous faire oublier la pauvre Sérafme, et les dangers qu'elle va courir. — Adieu, Esteban, pensez quelquefois à votre ancienne amie.
don esteban. Non, madame, non! je ne vous quitterai pas! Votre liberté, votre vie peut-être, sont menacées ; comment pourrais-je vivre, vous sachant exposée à mille périls. Eh quoi! moi, cavalier, tranquille dans ma maison, je me bornerais à faire de stériles vœux pour mon... hôte... ma chère Sérafine ! (// tombe à ses genoux.)
la duchesse. Ah ! ciel ! ne suis-je pas assez malheureuse ! faut-il encore entraîner mon seul ami dans ma ruine!
don esteban. Sérafme, dis oui, je t'en conjure par la blessure que j'ai reçue pour toi !
la duchesse. Cruel, quel temps me rappelez-vous?
don esteban. Tu as consenti 1 vive Dieul je te suivrai jusque dans les cachots de Ségovie.
la duchesse faiblement. Et... votre Inès?
don esteban. Je ne pense qu'à toi qu'aux dangers qui
vous environnent... Inès... elle restera pour conjurer l'orage... si toutefois...
la duchesse. Ah! si elle savait votre dessein!... don esteban. Je trouverai un prétexte...
la duchesse. Eh bien 1 j'y consens. Conduisez-moi seulement jusqu'à...
don esteban. Ne dites pas le lieu où nous nous séparerons.
la duchesse. Cruel Olivarès! auras-tu assez de victimes?
don esteban. Ne craignez rien pour moi, j'ai des amis puissants à la cour; mais votre générosité vous exagère lo faible service que je vous rends.
la duchesse. Mon Dieu ! faites que je sois la seule victime 1
don esteban. Je connais les chemins de traverse. Ils seront bien fins s'ils nous rattrapent. Vous ne pouviez prendre un meilleur guide.
la duchesse. Hélas ! pourquoi suis-je Venue ici?
don esteban. Grâces en soient rendues au ciel!
un domestique entrant. Deux lettres pour monseigneur.
77 sort.
la duchesse regardant une des lettres. Le cachet du ministre !
don esteban. Que me veut-il? (// donne la lettre à la duchesse après V avoir lue. ) Vous le voyez , et moi aussi je suis mal noté à la cour. Ils me rappellent, ils veulent que je parte sur-le-champ.
la duchesse. Obéissez, Esteban, ou vous vous perdez. Vous voyez que vous êtes déjà trop compromis.
don esteban. Raison de plus pour ne pas aller me jeter dans les griffes du tigre. Je suis proscrit, quel bonheur!
la duchesse. Hélas !
don esteban après avoir lu l'autre lettre. Cette lettre est de mon ami et du vôtre, don Rodrigo de Yriarte. Il me mande que l'on me regarde comme non étranger aux troubles du Portugal. On dit que ce n'est pas sans dessein que je suis allé m'établir si près du foyer de la révolte... Ah, ah, ah ! fort plaisant, en Vérité! Et c'est eux-mêmes qui m'y ont envoyé!
la duchesse. Que je suis malheureuse! Je ne sais quel conseil vous donner...
1*2 1NÈS"MEND0.
don esteban. Nous y réfléchirons ensemble quand nous serons en sûreté. — Mais, chut! voici Inès.
inès entrouvrant la porte. Peut-on entrer?
la duchesse. Mon Dieu, baronne, quo je suis fâchée contre le seigneur don Esteban. Les nouvelles de Madrid, qu'il m'a communiquées avec tant de secret, ne valaient pas la peine de vous en faire un mystère et surtout à vous, madame.
don esteban. Ma chère Inès, madame la duchesse veut absolument nous quitter. Je vais faire atteler à l'instant. (Bas à Inès. ) Je l'accompagnerai jusqu'au petit bois d'orangers.
inès bas. Dis-moi, veux-tu que j'aille avec toi !
don esteban. Non ; le serein tombe, tu t'enrhumerais.
inès. Quoi! vous voyagez la nuit, madame? vous n'avez pas peur?
la duchesse. Les malheurs qui m'ont accablée sans relâche m'ont un peu aguerrie.
inès bas à Esteban. Dis-moi ; pourquoi battais-tu ces alguazils?
don esteban. Des faquins... qui osent... une sotte affaire de chasse... des braconniers, vois-tu... mais tu n'y comprendrais rien.
inès. Cependant, les domestiques disent...
don esteban. Ce sont des bavards qui ne savent ce qu'ils disent , et tu es une folle de les écouter. Mais il faut que je donne des ordres. — Montre à dona Sérafine les fleurs que tu cultives toi-même.
inès. Oh! madame la duchesse, venez voir mes jasmins d'Arabie.
la duchesse à Esteban. Le plus tôt possible, n'est-ce pas?
Ils sortent.