SCÈNE IX
dérant la fiole : ) C'est peu de chose , et la mort sous celle forme n'a pas un aspect bien effrayant. On ne souffre pas long-temps. — Je suis fâchée de n'avoir pas attendu pour remettre cette lettre; je serais morte avec mon secret. Comme ils se seraient tourmentés pour deviner le motif de ma mort ! — On dit qu'il est honteux pour une femme de faire des avances à un homme. (Avec dégoût.) C'est ce que fait Francisca... Il lui montrera ma lettre, et la commentera avec elle. Ma lettre est sotte et ridicule , mais ma mort raccommodera tout. Qu'en diront-ils? — Francisca se serait-elle tuée à ma place? Elle? Pauvre esprit! elle aurait pleuré, et, son mouchoir mouillé, elle aurait été consolée , tandis que moi... Ils seront forcés d'admirer mon courage; ils diront : « Cette petite Maria, que nous croyions une enfant, elle est morte avec le courage d'un soldat, avec le courage d'un Romain. » Ils seront forcés de pleurer sur moi, et j'aurai la gloire d'avoir fait leur bonheur. Le bonheur de Francisca, de Francisca que je déteste, que tout à l'heure j'aurais poignardée avec plaisir, tandis qu'elle s'amusait lentement à me déchirer le cœur !... Oui , devoir son bonheur à sa rivale , c'est un supplice assez cruel; et peut-être un jour Eugenio fera-t-il une comparaison entre nous deux... Non , personne ne t'aurait aimé comme moi. Et toi, quand je serai morte N'importe! Que le sacrifice soit complet, qu'il me connaisse enfin. (Écrivant sur un portefeuille.) « Je lègue à mon amie, (avec un rire amer) mon amie! Francisca Gomez, tous mes diamants, et l'argent déposé chez MM. Arias et Candado , dont mon oncle m'a permis de disposer. » (On entend du bruit.) Ah! c'est Mita. Viens fermer cette fenêtre, il est temps. La mort s'en est envolée, et je la , tiens prisonnière.
Rita entre.