DONA MARIA , FRAY EUGENIO
fray eugenio à part. La pauvre enfant est toute tremblante, elle me fait peine.
dona maria à part. Il hésite à me parler.
fray eugenio lui rendant sa lettre ouverte. Dona Maria , voici votre lettre, je l'ai lue.
dona maria. Vos reproches sont inutiles, Fray Eugenio; vous pouvez me les épargner.
fray eugenio. Non , dona Maria, je ne vous ferai pas de reproches, car je suppose que votre conscience a déjà parlé, et que vous vous repentez au fond de votre âme do m'avoir écrit ecl étrange billet. La confusion que je lis sur votre visage
nie prouve que le cœur n'esl point corrompu chez vous, et que la lêteseule, qui est folio par trop de jeunesse, vous ;i conseillé cette étourderie. •!<• pourrais \<>u> faire sentir combien il r-sl mal, je dirai presque impie, de tenir un langage aussi... mondain a un ministre du Seigneur, qui esl lu' 1 par des vœux solennels. Il faut que ma conduite nit été bien légère et bien réprébçnsible pour que n ous ayez pu douter a ce point de ma pieté. Je suis sans doute aussi coupable que \ous. et je n'ai pas le droit de me plaindre. Mais, ma pauvre enfant, je ne veux (pie vous montrer quelle était votre folie, -le suppose, pour un instant, que j'eusse pu oublier les serments (pie j'ai prononcés a la face des autels, que je me fusse rendu coupable d'une action criminelle pour tout homme, sacrilège et abominable pour un prêtre; à quelle suite do malheurs ne \on> seriez-vous pas condamnée ! Un homme du monde qui séduit une jeune lille peut toujours réparer sa faute : un prêtre ne le peut. Le mystère et la prudence cachent un temps le crime aux yeux du monde, mais tôt ou tard le secret est connu, et le scandale esl énorme. Votre réputation, le bien le plus; précieux d'une femme, serait perdue à jamais; et, pour quelques jours passés au milieu de faux plaisirs, vous vous seriez préparé des années de regrets et de remords.
doxa maria. Fray Eugenio, pourquoi ne vous êtes-vous pas souvenu de toutes ces belles réllexions quand vous avez parlé d'amour à Francisca?
fray F.ror.MO. Francisca! que voulez-vous dire?
hnw maria. Francisca m'a tout dit, Fray Eusenio. J'ai à me plaindre de vous : j'ai été franche, trop franche avec vous, et vous êtes hypocrite avec moi.
i itAY EucExio. Ah! gardez-vous de croire...
iHiw maria. Et c est dans ce jardin, sous cet oranger, que vous parlez en prêtre! Pourquoi ne me dites-vous pas: « J'aime Francisca? » Cela aurait été d'un galant homme.
fray eugknio. Je suis confondu! Oui, mademoiselle, vous êtes maîtresse de notre secret , et vous pouvez nous perdre si von- le voulez.
doxA maria. Ah! Fray Fugenio, qu'ai-je donc fait pour que vous me soupçonniez d'une telle bassesse?
i-'itAY EueiKMo. J'ai tort, je L'avoue., mademoiselle; mais je
dois vous paraître si coupable... je le suis tant eu effet!... Je savais à quels dangers j'exposais votre amie; mais, croyezmoi, j'ai combattu long-temps cette passion funeste, et sj j'ai cédé...
dona maria. Vous n'avez pas besoin de vous justifier auprès de moi; je vous* comprends et je vous approuve. Il est un moyen de vous soustraire à ces dangers : j'en parlais tout à l'heure à Francisca... Il faut fuir dans un pays où vous pourrez vous marier.
fray eugenio. Ah! je le désire, mais...
dona maria. Tout cela est facile avec de l'argent. Je puis en prêter à dona Francisca; vivez heureux avec elle.
fray eugemo. Tant de générosité m'accable et m'humilie...
dona maria. Adieu, Fray Eugenio. {Souriatit.) Vous concevez que maintenant votre conversation n'a plus tant de charmes pour moi; ainsi, séparons-nous.
fray eugenio. Croyez que ma reconnaissance...
DONA MARIA. Adieu.
fray eugenio. Permettez-moi. .. (// veut lui baiser la main.)
dona maria. Je ne suis plus une femme pour vous. Fray Eugenio; je suis tout au plus... une amie.
fray eugenio. Puissiez-vous trouver un cœur digne du
vôtre! Il sort.