SCÈNE XVI
UN POSTILLON en veste bleue, avec la plaque d'argent; M. BEL- FORT, MADAME DE ROSELLE.
MADAME DE ROSELLE
Eh bien ! qu'est-ce ?
LE POSTILLON
Excusez mon embarras extrême.
De ma commission je suis surpris moi-même. Car, ordinairement, je ne vais guère à pied; Mais je suis complaisant... quand je suis bien payé.
M. BELFORT
Çà, que demandez-vous ?
LE POSTILLON
Pardon... mais, pour bien faire.
Il faudrait, à la fois, et parler et se taire. A ma place, un nigaud vous avouerait d'abord Qu'il demande un monsieur... qui se nomme Belfort...
M. BELFORT
Mais c'est moi.
LE POSTILLON
Dans les yeux nous savons un peu lire.
MADAME DE ROSELLE
A la bonne heure ; mais qu'avez-vous à lui dire?
LE POSTILLON
Oh ! rien du tout, madame ; et je n'ai dans ceci Qu'à remettre à monsieur le billet que voici.
Il donne un billet à M. Belfort.
M. BELFORT
De quelle part ?
LE POSTILLON
Monsieur le verra dans la lettre.
lu L'OPTIMISTE.
M. BELFORT
Ail! .. madame, pardon, vous voulez bien permettre!
MADAME DE ROSELLE
Monsieur, je vous en prie.
Au postillon, pendant que M. Belfort décacheté et ouvre le billet.
Eh mais ! vraiment, Fami, Vous ne paraissez gai ni plaisant à demi.
LE POSTILLON
J'ai couru le pays, et j'ai vu bien du monde : Gela fait que je sais comme il faut qu'on réponde.
M. BELFORT
Ah ! madame !...
MADAME DE ROSELLE
D'où vient ce mouvement soudain?
, M. BELFORT
C'est de mon père.
MADAME DE ROSELLE
Bon!
M. BELFORT
Je reconnais sa main.
LE POSTILLON
Dès le premier abord, j'ai su vous reconnaître.
M. BELFORT
C'est lui : de mes transports je ne suis pas le maître.
Il lit haut.
Voici ce qu'il m'écrit : a Viens, accours promptement, tt Mon ami : tu suivras celui que je t'envoie...
LE POSTILLON
Oui, monsieur.
M. BELFORT continuant de lire.
« Je t'écris avec bien de la joie, « Et je ne doute point de ton empressement. »
Au postillon.
Oh! non. Est-il bien loin?
LE POSTILLON
A la poste voisine.