LES MEMES, MADAME DE ROSELLE, M. DORMEUIL
MADAME DE ROSELLE
Ma tante, Permettez que moi-même ici je vous présente Monsieur, un étranger qui désirerait voir Votre terre...
MADAME DE PLINVILLE.
Au château nous allons recevoir Monsieur...
M. DORMEUIL
Je suis fort bien. A la première vue, Madame, tout me plaît: une triple avenue, Une entrée imposante, un superbe château, Un parc immense; enfin, tout est grand, tout est beau. On sait bien que jamais un acheteur ne loue : Mais cette terre, à moi, me plaît, et je Tavoue.
M. DE PLINVILLE.
L'acquéreur même aussi me plairait en tout point.
MADAME DE ROSELLE
Oh! c'est un acquéreur... comme Ton n'en voit point.
MADAME DE PLINVILLE.
Monsieur s'annonce bien.
M. DORMEUIL
Hai... que sait-on? Peut-être.
Gao-nerai-je. madame, à me faire connaître.
180 L'Ol^TIMISTh\
MADAME DE PLINVILLE.
J'aime à le croire.
M. DORMEUIL
Eh ! mais, ces bois sont enchantés.
Les beaux arbres !
M. DE PLINVILLE.
C'est moi qui les ai tous plantés.
Ces arbres dès longtemps me prêtaient leur ombrage.
M. DORMEUIL
Ce n'est pas encor là votre plus bel ouvrage.
En saluant Angélique.
De la terre je vois le plus digne ornement.
M. DE PLINVILLE.
Tout le monde, en effet, nous en fait compliment. Vous paraissez, monsieur, un digne et galant homme.
M. DORMEUIL
Au t'ait, vous estimez votre terre la somme?...
M. DE PLINVILLE.
Il anèlc cl regarde sa femme.
Mais je crois qu'elle vaut... Combien ' ?
MADAME DE PLINVILLE.
Cent mille écus.
M. DORMEUIL
Je ne contesterai point du tout là-^dessus. Je m'en rapporte à vous.
MADAME DE PLINVILLE.
Un procédé si rare Me touche.
M. DORMEUIL
Il est tout simple. En outre, je déclare Que j'entends bien payer la terre argent comptant.
M. DE PLINVILLE.
A votre aise.
1. Ce mouvement, cette (jucstion, sont un impromptu infiniment heureux de MoU',
ACTl:: V, SCKlNE XII. ISl
M. DORMEUIL
Pardon, c'est un point important, Qui me regarde seul. Oui, je me crains moi-même. J'ai sur certain article une faiblesse extrême. Tenez, il feut qu'ici je vous fasse un aveu. Le prix de votre terre est un argent du jeu : Par cet achat du moins je sauve une partie De six cent mille francs^ que dans une partie...
MADAME DE ROSELLE
Quoi! vous avez gagné deux fois cent mille écus?
M. DORMEUIL, souriant.
On peut bien les gagner, quand on les a perdus.
MADAME DE PLIN VILLE
Quel est celui qui perd une somme si forte?
M. DE PLIN VILLE
Bon! le connaissons-nous? ainsi, que nous importe? Voyons celui qui gagne^ et non celui qui perd.
MADAME DE ROSELLE
Eh! oui.
ANGÉLIQUE
Le malheureux, sans doute, a bien souffert.
M. DORMEUIL
Ma foi, c'est un joueur hardi, vif et tenace, Un petit financier.
MADAME DE PLIN VILLE
Un financier! De grâce.
Vous le nommez?
M. DORMEUIL
Dorval .
MADAME DE PLIN VILLE
Je l'avais soupçonné.
Monsieur, c'est notre bien que voas avez gagné.
M. DORMEUIL
J'aimerais mieux avoir gagné celui d'un autre : Mais il pourrait encor redevenir le vôtre : 11 ne tiendra qu'à vous.
M. DE PLIN VILLE
Gomment ?
M. DORMEUIL
Rien n'est plus clair, Je n'ai qu'un fils, madame, un fils qui m'est bien cher : Unissez-le, de grâce, avec mademoiselle.
L'argent sera pour vous, et la terre pour elle.
M. DE PLIN VILLE
Monsieur...
M. DORMEUIL
Vous hésitez, et vous avez raison, Ke me connaissant pas. Mais Dormeuil.est mon nom. Mon habit vous annonce un ancien militaire.
MADAME DE ROSELLE
Oui, monsieur était même un ami de mon père, N'ayant qu'un seul défaut, et mille qualités.
Ba!>, à Angélique.
Ce parti me paraît très-sortable. Acceptez.
M. DE PLIN VILLE
Ma fille, tu pourrais rendre cela possible.
MADAME DE PLINVILLE.
A M. Dormeuil.
Je l'espère. Je suis on ne peut plus sensible A votre off're, monsieur : je l'accepte.
M. DORMEUIL Irùs-hciul.
Mon fils.
Venez remercier madame.