MADEMOISELLE D'ORFEUIL, M. DE FLORVILLE
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Vous VOUS êtes, dit-on, promené de bonne heure , Monsieur ?
M. DE FLORVILLE
J'ai parcouru cette aimable demeure :
Elle paraît charmante.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Ah ! charmante ! . . . Ces lieux N'ont rien que de champêtre.
M. DE FLORVILLE
Ils m'en plaisent bien mieux.
Je hais ces beaux châteaux et leur vaine parure : Non, il n'est rien de tel que la simple nature.
-m LES CHATEAIX EN ESPAGNE.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL
Monsieur aimerait donc ce paisible séjour ?
M. DE FL OR VILLE
Je le préférerais à la ville, à la cour ;
J'aime les prés, les bois, surtout la solitude.
Là, sans ambition et sans inquiétude,
Dans un parfait repos, dans un calme enchanteur.
Loin d'un monde importun, et seul avec mon cœur.
Je sens que, si j'avais une aimable compagne,
Je passerais ma vie au sein de la campagne.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Dans vos souhaits^ monsieur, je retrouve mes goûts. J'aime aussi la retraite.
M. DE FLORVILLE
Oui ; mais expliquons-nous :
J'entends une retraite isolée et profonde. Et non celle où toujours le voisinage abonde.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Ce n'est pas celle-là que je veux dire aussi, Monsieur, et nous voyons très-peu de monde ici.
M. DE FLORVILLE
Sans doute, je le crois, puisque vous me le dites: Mais, en un soir, voilà cependant deux visites.
Oui, qui nous ont surpris fort agréablement, Mais que mon père et moi n'attendions nullement,
M. de FLORVILLE.
Pas même la première? Eh quoi! mademoiselle, Ce monsieur qui d'abord m'a montré tant de zèle. N'est donc qu'un voyageur égaré ?
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Je le vois, Ainsi que vous^ monsieur, pour la première fois.
M. DE FLORVILLE
Ce jeune homme... paraît on ne peut plus aimable. Mademoiselle.
ACTK III. SCKNK II. -Jliri
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Il est cFuno humour agréable ; Et le premier coup-d'œil, on ellet, est pour lui,
M. DE FLORVILLE
Mais c'est déjà beaucoup, et surtout aujourd'hui...
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Nous parlions des plaisirs qu'à la campagne on goûte. Vous les peignez si bien ! et moi, je vous écoute En personne qui sent tout ce que vous peignez. Ces innocents plaisirs, ailleurs trop dédaignés. Je les savoure ici : j'}' vis très-solitaire. Une autre trouverait cette retraite austère : Eh bien ! ma solitude a pour moi des appas.
Ah ! je le crois. D'ailleurs cela ne surprend pas. Vous vivez près d'un père et respectable et tendre : Vous faites son bonheur.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Je tâche de lui rendre Les soins qu'il prit de moi, dès mes plus jeunes ans : Heureuse de pouvoir, par mes soins complaisants. Écarter loin de lui les ennuis, la tristesse, Qui suivent et souvent précèdent la vieillesse ! Il aime la musique : eh bien ! chaque dessert, Monsieur, soir et matin, est suivi d'un concert.
M. DE FLORVILLE
Fort bien.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Je suis, de plus, sa lectrice ordinaire. Ma manière de lire a le don de lui plaire : Doux emploi ! tous nos soirs sont bien vite écoulés.
M. DE FLORVILLE
Très-vivement. En se reprenant.
Ah ! je vous aiderai... ce soir, si vous voulez, Vous vous reposeriez. ..
MADEMOISELLE D'ORFEUIL.
Je VOUS suis obligée.
Quand mon père sourit, je me sens soulagée.
M. DE FLORVILLE
Mademoiselle, eh bien, je le dirai tout bas : Car un autre en rirait; mais vous n'en rirez pas. J'ai passé quatre hivers auprès de mon aïeule : Jamais, jamais un soir je ne la laissai seule. Je faisais sa partie, ensuite je lisais; Je récoutais, surtout; enfin, je Tamusais; Et moi j'étais heureux en la voyant heureuse. Sa mémoire, à la fois, m'est chère et douloureuse.
MADEMOISELLE D'ORFEUIL.
Que vous me rappelez un touchant souvenir ! Une mère ! pardon, je ne puis retenir Mes pleurs...
M. DE FLORVILLE
Les retenir I pourquoi, mademoiselle ?
Ah ! gardez-vous en bien : la cause en est trop belle ; Et croyez qu'avec vous plutôt je pleurerais : Qui connut vos plaisirs, doit sentir vos regrets. J'éprouve en ce moment un charme inexprimable : Non, je n'ai jamais eu d'entretien plus aimable. Hélas ! pourquoi faut-il que des moments si doux S'échappent aussi vite !
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Il ne tiendra qu'à vous, Monsieur, de prolonger...
M. DE FLORVILLE
Ah ! mon unique envie Eût été de passer ici toute ma vie :
Mais peut-être en ces lieux n'ai-je que peu d'instants... L'autre étranger ici restera-t-il longtemps. Mademoiselle ?
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Eh mais !... je l'ignore ; mon père Fera près de vous deux tous ses efforts, j'espère ;