SCÈNE IV. • MADEMOISELLE D'ORFEUIL, M. D'ORLANGE
M. d'oRLANGE, à part.
De mon rival servons les intérêts.
MADEMOISELLE D'oRFEUIL, à part.
C'en est fait, écartons d'inutiles regrets.
M. d'orlange.
Florville, en se montrant, peut-il aussi vous plaire ?
mademoiselle d'orfeuil.
Je suivrai, sur ce point, les ordres de mon père.
M. d'orlange.
Gela ne suffit pas, non : vous voyez en moi Votre futur époux, vous l'acceptez : mais quoi ! Si je ne l'étais point ?
mademoiselle d'orfeuil.
Eh mais! monsieur, vous l'êtes.
Je vais vous confier mes alarmes secrètes.
mademoiselle d'orfeuil, vivement.
Vos alarmes^ monsieur? quel sujet?..
m. d'orlange.
Entre nous.
Je crains de n'être pas assez digne de vous.
mademoiselle d'orfeuil.
Vous êtes trop modeste.
M. d'orlange.
Ah! je me rends justice.
ACTK V, SCkiNt: IV. 269
J'ai (car d'avance il faut que je vous avertisse) Mille défauts, d'honneur, pour un mari, s'entend. Je me connais; je suis vif, volage, inconstant; Et capricieux même, il faut que je le dise.
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Vous avez le mérite, au moins, de la franchise.
M. D'ORLANGE.
C'est en me comparant avec l'autre étranger,
Oue je me suis trouvé vain, étourdi, léger...
Ce jeune homme est vraiment on ne peut plus aimable;
Qu'en dites-vous?
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Il est tout- à-fait estimable.
A part.
Voudrait-il m'éprouver?
, M. d'orlaisge.
Eh! voilà ce qu'il faut...
Dans un époux. Tenez, je l'observais tantôt, Ses discours sont remplis de raison, de justesse; Ils respirent la grâce et la délicatesse : Je vous assure enfin qu'il vaut bien mieux que moi.
mademoiselle d'ORFEUIL.
Vous plaisantez...
m. d'orlange.
Moi! non, je suis de bonne foi.
A vos charmants attraits j'ai cru le voir sensible : Qui ne le serait pas?.. Et s'il était possible Que lui-même, à son tour, il eut pu vous toucher! Dites-le : je suis homme à l'envoyer chercher... Que vous dirai-je enfm? à lui céder moi-même Tous mes droits... si j'en ai.
mademoiselle d'ORFEUIL.
Quelle noblesse extrême!
Mais, encore une fois, il n'est plus question De vain déguisement, de supposition; Et quant à l'étranger dont vous parlez sans cesse, Cet éloge suppose un soupçon qui me blesse,
Monsieur, et qui nous fait injure à tous les trois.
M. d'orlange.
Ah! c'est vous qui bientôt me connaîtrez, je crois.