FLORIMOND, CRISPIN
FLORIMOND
Peste des importuns ! Ce chevalier d'Arlière Me force à Técouter, la tête à la portière. A quatre pas de là, c'est un autre embarras ; Et deux cochers mutins, avec leurs longs débats, M'arrêtent un quart-d'heure au détour d'une rue. Oh quel fracas ! bon dieu ! quelle affreuse cohue ! Comment peut-on se plaire en ce maudit Paris? C'est un enfer.
CRISPIN
Tantôt c'était un paradis :
« L'œil ravi, promené de spectacle en spectacle, « De l'art, à chaque pas, voit un nouveau miracle : x C'étaient vos termes.
FLORIMOND
Oui, d'abord cela séduit.
J'en conviens : mais au fond, de la foule et du bruit, Voilà Paris. Ses jeux et ses vaines délices N'offrent qu'illusions et que beautés factices : Ses plaisirs sont amers, son éclat emprunté ; Et, sous l'extérieur de la variété, Il cache tout l'ennui d'une vie uniforme.
CRISPIN
Uniforme, monsieur ! Ah ! quel blasphème énorme
Un jour est-il ici semblable à l'autre jour?
Ce sont nouveaux plaisirs qui régnent tour à tour.
FLORIMOND
Je le veux : mais au fond, ils composent à peine Une semaine au plus ; eh bien ! chaque semaine
De celles qui suivront est le parfait tableau : De semaine en semaine, il n'est rien de nouveau. Alternativement bal, concert, tragédie, Wauxhall, Italiens, opéra, comédie...
Ce cercle de plaisirs peut bien plaire d'abord ; Mais la seconde fois, il ennuie à la mort.
CRISPIN
C'est dommage. J'entends, de journée en journée, Vous voudriez du neuf pendant toute une année. Eh ! que la vie, ici, soit uniforme ou non. Qu'importe ? il ne faut pas disputer sur le nom. Si l'uniformité de plaisirs est semée, Cette uniformité mérite d'être aimée.
On dort, on boit, on mange ; on mange, on boit, on dort; De ce régime, moi, je m'accommode fort.
FLORIMOND
Tais-toi : qu'attends-tu là?
CRISPIN
Vos ordres.
Je t'ordonne De n'être pas toujours auprès de ma personne.
CRISPIN
C'est différent.
Il sort.