‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 44 sur 340 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

M. DOLBAN, FLORIMOND.

M DOLBAN, de loin, à part.

Mais le voici, je vais faire un homme bien aise.

Haut.

Eh bien ! Tambassadeur connaît fort notre Anq'laise.

FLORIMOND

Vraiment ?

M. DOLBAN.

Il m'en a fait un éloge complet.

Moi-même je Tai vue. et la trouve en effet Telle que tous les deux vous me l'aviez dépeinte. Je déclare tes feux ; elle y répond sans feinte : Je demande sa main, et sa main est à toi. Maintenant, Florimond, es-tu content de moi?

FLORIMOND, avec embarras.

Mon oncle... assurément... Je ne saurais vous rendre.... Je suis confus des soins que vous voulez bien prendre.

M. DOLBAN.

Mon ami, je les prends avec un vrai plaisir : Je suis tout délassé, quand j'ai pu réussir. Je vais disposer tout pour la cérémonie, Et veux que dans trois jours l'affaire soit finie.

FLORIMOND

Dans trois jours ?

M. DOLBAN.

Oui, mon cher : j'espère, dans trois jours. Par un heureux hymen couronner tes amours.

FLORIMOND

Mon oncle... voug allez un peu vite peut-être : A peine, en vérité, peut-on se reconnaître.

M. DOLBAN.

Comment?. . . Tu trouves donc que trois jours sont trop peu?

FLORIMOND

Je trouve que riivmen n'est point du tout un jeu, Et qu'on ne saurait trop y réfléchir d'avance.

Toi même me pressais de faire diligence.

Oui... C'est que, d'un peu loin, l'hymen a mille attraits;

Mais je tremble,, mon oncle, en le voyant de près,

M. DOLBAN.

Tu trembles? il est temps, quand j'ai fait la demande !

Et dis-moi, d'où te vient une frayeur si grande ?

Eh quoi ? l'amant qui touche au moment désiré

D'être uni pour jamais à l'objet adoré,

De joie et de plaisir tressaille; et tu frissonnes !

Quoi ! l'union des cœurs, bien plus que des personnes,

Union dont jamais n'approcha l'amitié,

Les doux embrassements d'une tendre moitié,

D'une épouse à la fois modeste et caressante.

Ce riant avenir te glace et t'épouvante !

Insensible à l'espoir de renaître avant peu

Dans un enfant chéri, gage du plus beau feu.

D'embrasser de tes traits une image aussi chère.

Tu trembles, en songeant au bonheur d'être père !

Ah ! si ce sont pour toi des maux à redouter.

Je crains pour les plaisirs que tu sauras goûter.

FLORIMOND

Permettez : le portrait d'une épouse chérie

S'offre bien quelquefois à mon âme attendrie :

Quelquefois je souris à ce groupe joyeux

De quatre ou cinq enfants qui croissent sous mes yeux.

Et je voudrais déjà d'un tableau qui m'enchante

Voir se réaliser l'image si touchante...

Mais je songe à l'instant qu'à tous ces cliers objets

Je serai, par des nœuds, attaché pour jamais.

Que ce qui lut d'abord un penchant volontaire,

Bientôt va devenir un bonheur nécessaire.

Ce spectacle dès lors perd toute sa beauté :

Dès lors je n'y vois plu:^ que la nécessité.

A cri-: II, sck.NK x. G3

Et puisque Ton ne peut, grâce à la loi sévère, Sans cesser (Felrc libre, être époux, être père. Mon cher oncle, à ce prix, je ne suis point jaloux D'acheter les beaux noms et de père et d'époux.

M. DOLBAN.

Ainsi Tonne sent plus maintenant, on raisonne! Par le raisonnement ainsi Ton empoisonne La source du bonheur, des plaisirs les plus doux! Eh bien ! j'élais né, moi, pour être père, époux... L'aspect d'un couple heureux m'a toujours fait envie. Oui, l'hymen aurait fait le bonheur de ma vie : A mon amour pour toi je l'ai sacrifié ; Et sans toi, sans toi seul, je serais marié.

FLORIMOND

Mon oncle, je le sais, et je vous en rends grâce :

Mais faudrait-il que moi je me sacrifiasse?

Ce n'est pas seulement l'hymen en général

Que je redoute ici : je crains de choisir mal.

Je le vois, Eliante est une philosophe.

Qui de rien ne s'émeut, qui jamais ne s'échauffe,

Qui ne rit pas, je gage, une fois en un jour,

Et, quand il faut aimer, disserte sur l'amour.

Elle a beaucoup d'esprit, elle est saç^e, elle est belle;

Mais j'ai peur, entre nous, de m'ennuyer près d'elle.

M. DOLBAN.

Voilà donc tes raisons! elle me font pitié. De mes soins c'est ainsi que je me vois payé! Ainsi, mal à propos, j'ai fait une demande : On m'a donné parole, il faut que je la rende ; Et tu viens te dédire au moment du contrat! Peux-tu donc à ce point me compromettre, ingrat?

FLORIMOND

Je suis mortifié de ces démarches vaines...

M. DOLBAN.

Tu pourrais d'un seul mot payer toutes mes peines. Dis seulement, dis-moi que tu l'épouseras.

6i L'IXCOXSTANT.

FLORIMOND

Je ne puis, en honneur.

M. DOLBAN.

Tu ne le veux donc pas?

Mais quel acharnement, mon oncle, est donc le vôtre? Puis-je, aimant une femme, en épouser une autre?

M. DOLBAN.

Gomment...?

FLORIMOND

Oui, pour trancher d'inutiles discours.

J'aime une autre, vous dis-je, et Taimerai toujours.

M. DOLBAN.

Je ne m'attendais pas à ce trait, je Tavoue : Aimer une autre! ainsi de son oncle on se joue ! Quoi, pendant que je fais des démarches pour toi, Tu cours aux pieds d'une autre, et lui promets ta foi ! Mais à mon tour aussi je m'en vais te confondre ; Pour la dernière fois, il s'agit de répondre... Ne crois pas qu'à ton gré je consente à fléchir. Je veux bien te donner du temps pour réfléchir. Florimond, dans une heure il faut me satisfaire, Ou... tu verras alors ce que je saurai faire.

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