Cette scène est do mon ami Andrieux. [Note de V auteur
MADAME DE ROSELLE
Moi je serai fort aise aussi de vous parler. Soyez persuadé qu'à vous je ra'intéresse : Je vous crois Fâme honnête et pleine de noblesse. Vous avez de Tesprit.
M. BELFORT
Ah ! madame.
MADAME DE ROSELLE
Je veux Que nous fassions ici connaissance tous deux.
M. BELFORT
Madame, un tel discours et me flatte et m'oblige.
MADAME DE ROSELLE
Oui, je veux tout à fait vous connaître, vous dis-je. Vous pouvez me parler sans nul déguisement. Que faites-vous ici? répondez franchement.
M. BELFORT
Moi ? j'y suis secrétaire, et fort content de l'être.
MADAME DE ROSELLE
Voilà tout ?
Voilà tout.
MADAME DE ROSELLE
Vous êtes bien le maître De ne pas m'avouer, monsieur, tous vos secrets : Mais, tenez, je les sais, ou du moins à peu près.
M. BELFORT
Que savez-vous ?
MADAME DE ROSELLE
En vain vous voudriez me taire Que vous n'êtes point fait pour être secrétaire.
M. BKLFORT.
Sur quoi le jugez-vous?
ACTK 11. *<CL;M:: 11. 111
MADAME DE ROSELLE
C*est que j'ai de bons yeux, Le talent d'observer, et Tesprit curieux. Un geste, un seul regard en dit plus qu'on ne pense. Et puis, quelqu'un peut-être a votre conlidence : On aurait pu savoir par des gens bien instruits...
M. BELFORT
Oh ! non : je réponds bien qu'on ignore où je suis. Mon père, dans le monde, est le seul qui le sache.
MADAME DE ROSELLE
Oui ? j'avais donc raison. Ici monsieur se cache : Vous allez admirer ma pénétration.
Vous êtes, je le vois, né de condition.
Qui peut vous avoir dit?... quelle surprise extrême !
MADAME DE ROSELLE
Faut-il vous raconter votre histoire à vous-même? Votre nom de Belfort est un nom supposé.
M. BELFORT
Vous le savez ?
MADAME DE ROSELLE
Ici, vous êtes déguisé.
M. BELFORT
Déguisé? point du tout.
MADAME DE ROSELLE
Par quelle fantaisie Avez-vous accepté cet emploi, je vous prie ?
M. BELFORT
Mais, par nécessité.
MADAME DE ROSELLE
Vous plaisantez, comment ?
Voire père a du bien ?
M. BELFORT
Oh ! non, certainement.
Il eii avait jadis : mais un revers funeste...
Allons : dispensez-moi de vous conter le reste. Vous voyez que je sais votre histoire assez bien.
M. BELFORT
Je vois que vous savez très peu de chose, ou rien.
MADAME DE ROSELLE
Oui-dà ! vous me piquez. Eh bien ! voulez-vous faire Entre nous un accord qui ne peut vous déplaire ? Je vais vous dire encor quelque chose en secret. Si je me trompe, à vous permis d'être discret. Vous ne m'avouerez rien. Mais si, par aventure. Je ne vous dis ici que la vérité pure ; AlorSj promettez-moi de ne me rien cacher. Il faut y consentir, ou vous m'allez fâcher.
M. BELFORT
Eh bieni j'en cours le risque, et j'y consens, madame.
MADAME DE ROSELLE
Voici donc mon secret : c'est qu'au fond de votre âme Vous aimez ma cousine, et que vous combattez En vain un sentiment...
M. BELFORT
Ah 1 madame, arrêtez i Comment avcz-vous pu deviner que je l'aime, Tandis que je voulais le cacher à moi-même ?
MADAME DE ROSELLE
C'est donc là le moyen de vous faire parler ? J'en étais sûre.
M. BELFORT
Ah Dieu ! Vous me faites trembler.
Ce secret qu'en mon cœur vous venez de surprendre, Gardez-le-moi du moins. Je vais tout vous apprendre, Madame ; vos bontés ont su m'encourager. Vous lirez dans mon cœur, et vous m'allez juger. Vos conseils guideront mon inexpérience, Ne vous offensez pas de tant de confiance.