M. DE MORINVAL, MADAME DE ROSELLE
M. DE MORINVAL.
Jamais il ne craint rien, jamais il ne soupçonne. Quel homme !
MADAME DE ROSELLE
Je voudrais pourtant lui ressembler.
Allons, nous voilà seuls ; il est temps de parler.
(Haut.)
Vous accusez tout bas madame de Mirbelle, Monsieur ; votre bonheur est retardé par elle.
M. DE MORINVAL.
Je dois m'en consoler, puisque je la verrai. Encor, si mon bonheur n'était que différé !
MADAME DE ROSELLE
Ce retard, après tout, est fort heureux peut-être : Quand on doit s'épouser, il faut se bien connaître.
M. DE MORINVAL.
Pour connaître Angélique il suffît d'un instant; Et de moi, ce me semble, elle en peut dire autant. Ma franchise, je crois...
MADAME DE ROSELLE
Sert d'excuse à la mienne.
Êtes- vous bien, monsieur, sûr qu'elle vous convienne. Sûr de lui convenir ?
M. DE MORINVAL.
Ah ! quant au premier point.
Elle me plaît, madame, et vous n'en doutez point. Je n'ose pas ainsi me flatter de lui plaire. Peut-être en ce moment savez-vous le contraire? Elle vous l'aura dit.
MADAME DE ROSELLE
Point du tout; mais... j'ai peur...
Que vous dirai-je, enfin? il s'agit du bonheur. Vous ne voudriez pas qu'elle fût malheureuse ; Vous avez pour cela l'âme trop généreuse...
Fort bien. Je vous entends; je vois ce qu'il en est: Vous voulez doucement m'annoncer mon arrêt.
MADAME DE ROSELLE
Mais... quoique votre peur puisse être mal fondée.
Vous ne feriez pas mal de suivre votre idée; De savoir, en un mot, si l'on vous aime ou non ; La chose vous regarde.
M. DE MORINYAL.
Oui, vous avez raison ; Et si c'est un refus que sa bouche prononce, D'abord, quoiqu'à regret, à sa mam je renonce; Et je vous saurai gré de m'avoir averti.
(n sort.)