‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 108 sur 449 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Et toi, dans Tâge heureux des plaisirs, des amours, Tu vas donc près de nous user tes plus beaux jours I Ma fille, je te plains.

ANGÉLIQUE, Tivement.

Gardez- vous de me plaindre ; C'était ITiymen pour moi, l'hymen qu'il fallait craindre. Non, vous ne savez pas à quel point je souffrais... En m'éloignant de vous, j étoufTais mes regrets ; Dans un profond chagrin alors j'étais plongée. Au contraire, à présent je me vois soulagée. En songeant que de vous rien ne peut m'arracher.

(Tendrement, et en le caressant.)

Mon père! à vos côtés je prétends m'attacher ; Je veux vous prodiguer mes soins et mes- services ; J'en ferai mon bonheur, j*en ferai mes délices. Que me manquera-t-il ? vous m'aimez : près de vous. Ah! pou rrais-je jamais regretter un époux ?

M. DE PLINVILLE.

Chère enfant! que ces mots ont flatté mon oreille!

Je n'éprouvai jamais une douceur pareille.

Ainsi donc, comme un baume en notre affliction.

Le ciel nous envoya la consolation.

Par elle on soufTre moins... On soutire moins î que dis-je !

11 faut plaindre celui qui jamais ne s'afflige,

Et aue les coups du sort n'avaient point accablé ;

Il n a pas le bonheur de se voir consolé.

Pour moi, toujours content, sans chagrins, sans alarmes.

Je n'avais point encor versé de douces larmes ;

Personne, jusqu'ici, ne m'avait plaint, hélas!

Je me croyais heureux, et je ne l'étais pas.

Mais, dis, est-il bien vrai ? faut-il que je te croie ?

N'as-tu point de regrets ?

ANGÉLIQUE

Non, ma plus douce joie Est d'adoucir vos maux, et de les partager.

M. DE PLINVILLE.

Mes maux, s'il est ainsi, n'ont rien que de léger.

Nous serons pauvres, soit; nous verrons moins de monde:

Ma femme dit (ju'ici le voisinage abonde :

On sera plus discret ; mais nous nous suffirons.

Et ce sera pour nous, enfin, que nous vivrons.

ANGÉLIQUE

Vous savez que toujours j'aimai la solitude.

M. DE PLINVILLE.

Je le sais ; et, de plus, tu te plais à Tétude ;

On ne peut s'ennuyer avec ces deux goûts-là.

Tiens, vois-tu ? je me fais une fôte déjà

De vivre seul avec ma petite famille,

Entre ma chère femme et mon aimable fille.

J'aurai moins de laquais, et j'en serai ravi;

Par un seul domestique on est bien mieux servi.

Nous vivrons gais, contents : que faut-il davantage ?

Nous nous aimerons bien : nous aurons en partage

Les vrais trésors, la paix, le travail, la santé,

Et... le premier des biens, la médiocrité.

ANGÉLIQUE

Je sens bien ce bonheur; vous savez mieux le peindre.

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