‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 11 sur 449 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

CRISPIN

Et votre mariage?

FLORIMOND

Eh bien ! il reste là.

CRISPIN

Mais Léonor?

FLORIMOND

Ma foi, l'épouse qui voudra.

CRISPIN

J'ignore, en vérité, si je dors, si je veille :

Vous la quittez, monsieur, le contrat fait, la veille !

FLORIMOND

Fallait-il par hasard attendre au lendemain?

CRISPIN

Là.... sérieusement, vous refusez sa main ?

Pour le persuader, il faudra que je jure l

CRISPIN

Ah ! pouvez-vous lui faire une pareille injure? Car que lui manque-t-il ? Elle est jeune, d*abord.

FLORIMOND

Trop jeune.

CRISPIN

Bon, monsieur!

FLORIMOND

C'est une enfant.

CRISPIN

D'accord ; Mais une aimable enfant : elle est belle, bien faite. .

FLORIMOND

Je sais fort bien qu'elle est d'une beauté parfaite ; Mais cette beattté-là n'est point ce qu'il me faut : J'aime sur un visage à voir quelque défaut.

CRISPIN

C'est différent. J'aimais cette humeur enjouée Qui ne la quittait pas de toute la journée.

FLORIMOND

Je veux qu'on boude aussi parfois.

CRISPIN

Sans contredit.

Trop de gaîté, vois-tu, me lasse et m'étourdit ; Qui rit à tous propos ne peut que me déplaire.

CRISPIN

Sans doute. Léonor n'était point votre affaire.

Une enfant de seize ans, riche, ayant mille attraits. Qui n'a pas un défaut, qui ne boude jamais ! Bon ! vous en seriez las au bout d'une semaine. Mais que dira de vous monsieur le capitaine ?

FLORIMOND

Qu'il en dise, parbleu ! tout ce qu'il lui plaira : Mais pour gendre jamais Kerbanton ne m'aura. Qui? moi? bon Dieu ! j'aurais le courage de vivre Auprès d'un vieux marin qui chaque jour s'enivre, Qui fume à chaque instant, et, tous les soirs d'hiver, Voudrait m'entretenir de ses combats de mer ?...• Laissons là pour jamais et le père et la fille.

CRISPIN

Parlons donc de Justine. Est-elle assez gentille? Des défauts, elle en a ; mais elle a mille appas : Elle est gaie et folâtre, et je ne m'en plains piis : Voilà ce qu'il me faut, à moi qui ne ris guère. Enfin elle n'a point de vieux marin pour père. Pauvre Justine I hélas ! je lui donnai ma u)i ; Que va-t-elle à présent dire et penser de moi ? .

FLORIMOND

Elle est déjà peut-être amoureuse d'un autre.

CRISPIN

Nos deux cœurs sont, monsieur, bien difi*érents du vôtre. D'avoir perdu Crispin jamais cette enfant-là. C'est moi qui vous le dis, ne se consolera.

FLORIMOND

Va, va, dans sa douleur le sexe est raisonnable. Et je n'ai jamais vu de femme inconsolable. Laissons cela.

CRISPIN

Fort bien ; mais au moins dites-moi Pourquoi vous descendez dans un hôlel ?

FLORIMOND

Pourquoi ?

CRISPIN

Oui, monsieur; vous avez un oncle qui vous aime. Dieu sait!

FLORIMOND

De mon côté, je le chéris de môme; Mais je ne logerai pourtant jamais chez lui. Je crus bien. Tan passé, que j'en mourrais d'ennui. C'est un ordre, une règle en toute sa conduite ! Une assemblée hier, demain une visite ; Ce qu'il fait aujourd'hui, toujours il le fera :

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