SCÈNE IV
M. FRANCHEVAL, M. VERDAC.
VERDAC.
Je crois que l'on mé fuit : la petite personne
Né m'aime pas beaucoup, du moins je lé soupçonne.
FRANCHEVAL, de mauvaise humeur.
Elle a pour les flatteurs peu d'inclination.
VERDAC.
D'autres n'ont pas pour eux la môme aversion :
En flatteurs caressés cet univers abonde.
L'art dé flatter, mon cher, est vieux comme lé monde.
Eve a péché, pourquoi ? parce qu'on la flatta;
Esemple que dépuis mainte femme imita.
C'est un poison si doux, qui chatouillé les âmes...
Que d'hommes, en ce point, dé tout temps furent femmes !
Mon varon l'est surtout : or, c'est l'essentiel.
Si la fille mé hait, mon poison, grâce au ciel,
Dans lé cœur du papa se glisse à la sourdine ;
Il m'aime enfin ; et c'est chez lé papa qu'on dîne.
FRANCHEVAL.
Gomment pour un repas blesser la vérité !
VERDAC.
Un bon repas jamais fut-il trop acheté ?
Et que m'en coûlé-t-il ? un peu dé complaisance.
Je n'ai pas avec lui besoin dé médisance.
Il suffit dé lé croire : il hable à chaque mot,
C'est sa manie : hé donc, je serais un grand sol
D'aller lé démentir sur une vagatclle.
FRANCHEVAL
Mais la délicatesse enfin nous permet-elle... ?
146 M. DE CRAC
VERDAC.
Votre délicatesse est bien peu dé saison : Quand on a bonne table, on a toujours raison, Aussi je crois d'avance à tout ce qu'il va dire. S'il parle, j'applaudis ; je ris dès qu'il veut rire. Je né suis pas sa dupe, il m'amuse in petto. Par là je m établis dans son petit château. Château qui n'est au fond qu'une gentilhommière : Que dis-je ! ce serait une simple chaumière ; On y dîne, mon cher, on y soupe; il suffit : Crac en a lé plaisir, et j'en ai lé profit.
FRANCHEVAL. (On entend un cor.)
A merveille, monsieur; mais j'entends grand tapage. Ah I c'est notre chasseur avec son équipage.
VERDAC.
Son éçjuipage ? Oh ! oui, lequel est composé D'un jardinier bonace, en garde déguisé, D'un page, petit pauvre, errant dans la contrée, Que dé Crac affubla d'un morceau dé livrée. Jack est essentiel. En ce petit garçon On voit lé dindonnier, lé page et l'échanson. Il s'acquitte assez bien surtout du dernier rôle. Mais voici tout lé train ; il n'est rien dé plus droIe.
(On entend le cor de plus près.)