M. DE CRAC, SAINT-BRICE
SAINT-BRICE
Vous avez pour voisins des gens pleins de mérite.
M. DE CRÂC.
La peste! je lé crois : du pays c'est Télite.
Gentilshommes, Dieu sait ! tous deux sont mes vassaux.
Vous voyez que pourtant je les traite en égaux.
Mais quoi ! cour m'amuser j'aimé bien mieux descendre.
Et je n'ai point Torgueil dé ce jeune Alésandre,
Qui pour rivaux, dit-on, né voulait que des rois :
Comme dé vrais amis nous vivons tous les trois.
Le plus jeune des deux me paraît fort aimable.
M. DE CRAC
Verdac est d'une humeur encor plus agréable. Il vous écoute au moins.
SAINT-BRICE
Et surtout il vous croit.
M. DE CRAC
Au lieu que Franchéval est souvent distrait, froid.
SAINT-BRICE
11 parait empressé près de mademoiselle.
M. DE CRAC
C'est bien gratuitement qu'il soupiré pour elle. Ma fille né veut pas du tout se marier.
SAINT-BRICE
Est-il possible?
M. DE CRAC
Eh I oui, rien n'est plus singulier :
Lucile a réfusé vingt partis d'importance ;
(a l'oreiUe.)
Lé fils du gouverneur. Là-dessus je la tance : Je né puis davantage ; et l'honneur mé défend Dé faire violence au cœur dé mon enfant.
SAINT-BRICE
Elle est d'ailleurs charmante.
11 faut que je l'avoue.
Je né puis la louer ; mais j*aime qu on la loue.
164 M. DE CRAC
SAINT-BRICE
C'est qu'elle a tout, monsieur : elle esl belle d'abord ; Elle a les plus beaux yeux !
M. DE CRAC
Oui, j'en tombe d'accord.
Verdac, petit flatteur, dit qu'elle mé ressemble.
SAINT-BRICE
11 a raison : elle a de vos traits...
M. DE CRAC
Oui, l'ensemble.
Sa mère était aussi d'une rare beauté.
Vous jugez si ma femme était dé qualité ; Ses aïeux rémontaient aux comtes dé Bigorre. Dans cet essaim d'amans qu'elle avait fait éclore, Les Gaston, les dé Poix, surtout les d'Armagnac,
(il s'attendrit.)
Clotilde démêla lé chevalier dé Crac.
Mais tous, l'un après l'autre, il mé fallut les vattre, Et conquérir mon bien, comme fit Henri-Quatre. Si j'avais un trésor, il m'avait;.bien coûté,
SAINT-BRICE
Celui-là ne pouvait trop cher être acheté, Si de la mère, au moins, je juge par la fille. Lucile est, je le vois, toute votre famille?
Eh non, vraiment, monsieur; j'ai dé plus lé bonheur D'avoir un fils, un fils qui mé fait grand honneur.
SAINT-BRICE
Bon ! il est donc absent?
M. DE CRAC
Il sert contré lé Russe ; Mais il sert tout dé bon. Ah! lé feu roi dé Prusse Savait l'apprécier; et lé grand Frédéric, En fait d'opinion, valait tout un public. Il admirait mon fils : j'en ai plus d'une marque. Et j'ai, sans vanité, reçu dé ce monarque Des lettres... que jamais personne né verra. Il m'écrivait un jour : a Votre cher tils sera Lé plus grand général qu'ait jamais eu l'Europe. » Je pensé que l'on peut croire à cet horoscope.
SAINT-BRICE
Oui, sans doute.
M. DE CRAC
11 commence à se vérifier.
A mon fils dépuis peu Ton vient dé confier