‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 18 sur 449 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FLORIMOND, CRISPIN

FLORIMOND

Peste des importuns! ce chevalier d'Arlière Me force à l'écouter, la tête à la portière. A quatre pas de là, c'est un autre embarras , Et deux cochers mutins, avec leurs longs débats, iM'arrôtentun quart d'heure, au détour d'une rue. Oh! quel fracas! bon Dieu ! quelle affreuse cohue! Comment peut-on se plaire en ce maudit Paris? C'est un enfer.

CRlSPlN.

Tantôt c'était un paradis.

« L'œil ravi^ promené de spectacle en spectacle, De Fart, à chaque pas, voit un nouveau miracle. >» C'étaient vos termes.

FLORIMOND

Oui, d'abord cela séduit.

J'en conviens ; mais, au fond, de la foule et du bruit. Voilà Paris. Ses jeux et ses vaines délices N'offrent qu'illusions et que beautés factices : Ses plaisirs sont amers, son éclat emprunté, Et, sous l'extérieur de la variété, 11 cache tout l'ennui d'une vie uniforme.

CRISPIN

Uniforme, monsieur ? ah ! quel blasphème énorme I

Un jour est-il ici semblable à l'autre jour?

Ce sont nouveaux plaisirs qui régnent tour à tour.

FLORIMOND

Je le veux; mais, au fond, ils composent à peine Une semaine au plus : eh bien ! chaque semaine De celles qui suivront est le parfait tableau ; De semaine en semaine il n'est rien de nouveau ; Alternativement, bal, concert, tragédie, Wauxhall, Italiens, Opéra, Comédie...

Ce cercle de plaisirs peut bien plaire d'abord ; Mais la seconde fois il ennuie à la mort.

CRISPIN

C'est dommage. J'entends ; de journée en journée Vous voudriez du neuf pendant toute une année. Eh l que la vie ici soit uniforme ou non.

Qu'importe? il ne faut pas disputer sur le nom.

Si l'uniformité de plaisirs est semée,

Cette unirormité mérite d'être aimée.

On dort, on boit, on mange; on mange, on boit, on dort:

De ce régime, moi, je m'accommode fort.

FLORIMOND

Tais-toi; qu'altends-tu là?

CRISPIN

Vos ordres.

FLORIMOND

Je l'ordonne.

De n*ôtre pas toujours auprès de ma personne.

CRTSPIN.

C'est différent.

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