‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 208 sur 449 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

J'aime les prés, les bois, surtout la solitude.

Là, sans ambition et sans inquiétude,

Dans un parfait repos, dans un calme enchanteur,

Loin d'un monde importun, et seul avec mon cœur,

Je sens que, si j'avais une aimable compagne.

Je passerais ma vie au sein de la campagne.

Dans vos souhaits, monsieur, je retrouve mes goûts. J'aime aussi la retraite.

M. DE FLORVILLE

Oui; mais expliquons-nous :

J'entends une retraite isolée et profonde. Et non celle où toujours le voisinage abonde.

MADEMOISELLE d'oRFEDIL.

Ce n'est pas celle-là que je veux dire aussi. Monsieur ; et nous voyons très peu de monde ici.

M. DE FLORVILLE

Sans doute, je le crois, puisque vous me le dites. Mais, en un soir, voilà cependant deux visites.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Oui, qui nous ont surpris fort agréablement. Mais que mon père et moi n'attendions nullement.

M. DE FLORVILLE

Pas môme la première? Eh quoi ! mademoiselle, Ce monsieur, qui d'abord m'a montré tant de zèle. N'est donc qu'un voyageur égaré ?

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Je le vois.

Ainsi que vous, monsieur, pour la première fois.

M. de FLORVILLE.

Ce jeune homme... paraît on ne peut plus aimable. Mademoiselle.

MADEMOISELLE D'oRFEUIL.

Il est d'une humeur agréable ; Et le premier coup d'œil, en effet, est pour lui.

Mais c'est déjà beaucoup, et surtout aujourd'hui...

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Nous parlions des plaisirs qu'à la campagne on goûte. Vous les peignez si bien ! et moi, je vous écoute En personne qui sent tout ce que vous peignez. Ces innocents plaisirs, ailleurs trop dédaignés, Je les savoure ici : j'y vis très solitaire. Une autre trouverait cette retraite austère : Eh bien, ma solitude a pour moi des appas.

M. DE FLORVILLE

Ah! je le crois. D'ailleurs, cela ne surprend pas. Vous vivez près d'un père et respectable et tendre : Vous faites son bonheur.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Je tâche de lui rendre Les soins au'il prit de moi dès mes plus jeunes ans ; Heureuse ae pouvoir, par mes soins complaisants, Écarter loin de lui les ennuis, la tristesse, Qui suivent, et souvent précèdent la vieillesse ! Il aime la musique : eh bien, chaque dessert, Monsieur, soir et matin, est suivi a'un concert.

M. DE FLORVILLE

Fort bien.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Je suis, de plus, sa lectrice ordinaire. Ma manière de lire a le don de lui -plaire. Doux emploi I tous nos soirs sont bien vite écoulés.

(Très viTement.) (En se reprenant.)

Ah ! je vous aiderai. . . ce soir, si vous voulez : Vous vous reposeriez...

MADEMOISELLE d'oRFEDIL.

Je vous suis obligée.

Quand mon père sourit, je me sens soulagée.

M. DE FLORVILLE

Mademoiselle, eh bien, je le dirai tout bas,

Car une autre en rirait ; mais vous n'en rirez pas :

J'ai passé quatre hivers auprès de mon aïeule ;

Jamais, jamais un soir je ne la laissai seule.

Je faisais sa partie, ensuite je lisais ;

Je l'écoutais surtout; enfin, je l'amusais ;

Et moi, j'étais heureux en la voyant heureuse.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Que vous me rappelez un touchant souvenir ! Une mère ! pardon, je ne puis retenir Mes pleurs...

M. DE FLORVILLE

Les retenir! Pourquoi, mademoiselle?

Ah ! gardez-vous-en bien : la cause en. est trop belle ; El croyez qu'avec vous plutôt je pleurerais : Qui connut vos plaisirs doit sentir vos regrets. J'éprouve, en ce moment, un charme inexprimable : Non, je n'ai jamais eu d'entretien plus aimable. Hélas ! pourquoi faut-il que des moments si doux

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