SCÈNE
Les PRÉCÉDENTS, M. D'ORLANGE.
M. d'oRLANGE.
D'un aimable entretien je crains de vous distraire, D'être importun.
M. DE FLORVILLE
Monsieur est bien sûr du contraire.
M. d'oRLANGE.
Moi ! point du tout, d'honneur ! je puis être indiscret : Je sens qu'en pareil cas un tiers me gênerait.
M. DE FLORVILLE, à part.
Fort bien I vous allez voir que c'est moi qui le gêne!
M. d'oRLANGE, à FlorviUe.
Je suis un paresseux ; mais j'en porte la peine : Vous m'avez prévenu.
M. DE FLORVILLE
Bien plus heureusement Vous me sûtes hier prévenir...
M. d'oRLANGE.
D'un moment Ma venue en ces lieux a devancé la vôtre. [l'autre !]
Ah 1 nous sommes, monsieur, bien heureux l'un et Eus-je tort quand hier je vous félicitai? Le portrait que j'ai fait vous paraît-il flatté ?
M. DE FLORVILLK.
Il s'en faut bien.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Messieurs, épargnez -moi, de grâce, Ou vous m'obligerez...
M. DE FLORVILLE
Une telle menace Nous impose silence.
M. d'orlange.
Oui, changeons de sujet.
11 faut que je vous conte un rêve que j'ai fait. Ce qui frappe le jour, la nuit nous le rappelle. Ainsi je rêvais donc à vous, mademoiselle. Je vous voyais j^artout, au château, dans le bois ; Et je vous voyais... telle enfin que je vous vois. De cette vision mon âme était charmée.
Mais quoi ! je sens mes yeux se remplir de fumée. Je les ouvre : je vois quelque lueur briller: J'entends même de loin la flamme pétiUer. Inquiet, de mon lit aussitôt je m'élance, Et je vais voir... Partout règne un profond silence. Un instinct me conduit à votre appartement.
M. DE FLORVILLE
Cet instinct est heureux.
M. d'orlange.
Oui ; le feu justement Avait pris par malheur près de mademoiselle. Chez Justine.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Ah ! bon Dieu !
M. d'orlange.
Faites grâce à mon zèle : On est bien dispensé de politesse alors. Je pousse votre porte, et, redoublant d'efforts. Je l'enfonce... Déjà vous étiez éveillée, D'une robe légère à la hute habillée :