‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 221 sur 449 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Mais ils ne savaient pas distribuer jadis :

Dans cette pièce, moi, je vous en ferai dix.

Passons dans le jardin ; car c'est là que je brille.

Je fais ôter d'abord cette triste charmille...

Quoi I je fais tout ôter. Nous avons du terrain :

Voilà tout ce qu'il faut pour créer un jardin .

J'en ai fait vingt ; ils sont tous dans mon portefeuilles.

Entre mille sentiers bordés de chèvrefeuiUe,

Il en est un bien sombre : on n'y voit rien du tout ;

Et l'on est étonné, quand on arrive au bout,

De voir Qu'y verra-t-on? un Amour, un vieux temple,

Un kiosque 1 oh I non, rien d'étonnant : par exemple,

Un petit pavillon, au dehors tout uni.

Plus modeste en dedans ; le luxe en est banni :

On gâte la nature, et moi je la respecte.

Du pavillon, moi seul, je serai l'architecte :

Je serai jardinier aussi ; je planterai

Des arbrisseaux, des fleurs : je les arroserai ;

Car j'aurai sous ma main une source d'eau pure,

Et tout autour de moi la plus belle verdure !

De ce lieu, tout mortel est d'avance exilé ;

Mon beau-père et ma femme en auront seuls la clé.

Là, je rêve, je lis : tapi dans ma retraite,

Je vois, du coin de l'œil, la timide Henriette

Qui vient pour me surprendre, et marche à petit bruit,

Retenant son haleine ; elle ouvre et s'introduit.

Ahl si la solitude est douce en elle-même,

Je sens qu'elle est plus douce auprès de ce qu'on aime.

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