ACTE II, SCÈNE VI
Par ma foi, nous serons le mieux du monde ensemble :
Et puis, notre intérêt l'exige, ce me semble.
Ma fortune est assez ronde, vous le savez.
Je ne m'informe point de ce que vous avez :
Vous ne vous êtes pas sûrement oubliée...
Allons, madame Evrard...
MADAME EVRARD
Je crains d'être liée...
AMBROISE
£h! plutôt, craignez tout si nous nous divisons ; Oui; je n'ai pas besoin d'en dire les raisons. L'un de l'autre, entre nous, nous savons des nouvelles, Et tous deux nous pourrions en raconter de belles ; Au lieu qu'à l'avenir, si nous ne faisons qu'un. Nous ne craindrons plus rien de l'ennemi commun... A propos, j'oubliais de vous dire, madame, Que j'ai trouvé, je crois, celte secoude femme...
MADAME EVRARD
Vous revenez toujours sur ce chapitre-là ! Je ne suis point d'accord avec vous sur cela.
Vous n'avez pas besoin de quelqu'un qui vous aide ?
MADAME EVRARD
Moi I point du tout.
AMBROISE
Si fait, et puis qui vous succède ?...
MADAME EVRARD
Qui...?
AMBROISE
Voulons-nous servir jusques à nos vieux jours ? Notre service est doux ; mais nous servons toujours.
MADAME EVRARD
Vous voyez mal, Ambroise ; il vaudrait mieux, peut-être Attendre... enfin, fermer les yeux de notre maître.
AMBROISE
Mais cela peut durer encore très long-temps.
Monsieur n'a, voyez-vous, que soixante-cinq ans ;
Il est temps, croyez-moi, de faire une retraite :
Et pour la faire sûre, honorable et discrète,
Il faut laisser ici des gens honnêtes, doux.
Par nous-mêmes choisis, qui dépendent de nous,
Qui soient à nous, de nous qui lui parlent sans cesse.
MADAME EVRARD
S'ils allaient de monsieur captiver la tendresse ?... Enfin, nous verrons...
!292 LE VIEUX CELIBATAIRE.
AMBROISE
Bon ! vous remettez toujours !
MADAME EVRARD
Eh ! moins d'impatience !
AMBROISE
Et vous moins de détours; Plus de délais : demain je veux une réponse.
MADAME EVRARD
(a part en s*en allant.)
Demain, soit. Si monsieur sur mon sort ne prononce, Que faire? Allons, il faut le presser au plus tôt.
(EUe sort.)
A demain donc.