ACTE III, SCENE II
LA SŒUR
Gomment ça va-t-il?
M. DUBRIAGE.
Bien.
Kl vous ?
Tu vois.
LE FRERE
M. DUBRIAGE.
Cela se lit sur vos visages.
Dites-moi, mes enfans, êtes-vous toujours sages?
LE FRÈRE
Oh! toujours! Ce matin maman nous le disait.
M. DUBRIAGE, se tournant tour à tour vers chacun dVu\.
Vraiment?
LA SŒUR
Si tu savais comme elle nous baisait !
LE FRÈRE
Et papa! Tout exprès il quitte son ouvrage.
LA SŒUR
Il prétend que cela lui donne du courage.
Et vous les aimez bien ?
LA SŒUR
Oui, comme nous t'aimons.
LE FRÈRE
Papa cause la nuit, croyant que nous dormons.
Hier encor ma sœur était bien endormie,
Moi pas ; je l'entendais qui disait : « Mon amie.
Conviens que nous devons être tous deux contens.
Et que nous avons là de bien jolis enfans?... »
Et maman répondait : « C'est vrai, qu'ils sont aimables. »
«Dame, c'est qu'à leur mère ils sont tous deux semblables, »
Disait papa, a Julien, soit, répondait maman;
Mais Suson te ressemble, à toi ; là, conviens-en, »
M. DUBRIAGE.
Fort bien, mes bons amis; comment va la mémoire? Savez-vous ce matin une fable, une histoire ?
LE FRERE
Tiens, papa, ce matin encor nous répétions Un petit dialogue, à nous deux.
M. DUBRIAGE.
Ah ! voyons !
LE FRÈRE
Ça, commence, ma sœur.
(Les enfans récitent chacun leur couplet comme une leçon.)
LA SŒUR
« Quel est le patriarche Qui prévit le déluge et construisit une arche?
LE FRERE
Noé, fils de Lamech, qui, comme vous savez, S'est échappé lui-môme et nous a tous sauvés.
LA SŒUR
On me l'avait bien dit. Quoi, tous tant que nous sommes, Comment! un homme seul a sauvé tous les hommes?
LE FRÈRE
Oui, sans doute, et voici comment cela s'est fait : Noé n'eut que trois fils, Sem, Gham et puis Japhet. Sem en eut cinq : chacun eut au moins une épouse. Dont il eut maint enfant; Jacob seul en eut douze. Ces enfants se sont vus pères d'enfants nombreux : C'est de là qu'est venu le peuple des Hébreux.
LA SŒUR
Ah ! ah !
LE FRÈRE
Je n'ai parlé que de Sem : ses deux frères Du reste des humains ont été les grands-pères. Dieu dit ; Multipliez et croissez à l'envi. Nul précepte jamais n'a mieux été suivi; Et l'on continuera sûrement de le suivre. »
Où donc avez-vous lu cela ?
LE FRCiRE.
Dans un beau livre Dont on a fait présent à maman.
M. DUBRIAGE.
C'est assez.
LA SŒUR
J'ai quelque chose encore à dire.
M DUBRIAGE.
Finissez.
(il rêve ; et pendant ce temps-là les enfans se font des mines, et s^excitent Tun l'autre à parler à M. Dubriage.)
LA SŒUR, allant tout doucement à lui.
Tiens, quelquefois à nous papa ne prend pas garde...
(Elle lui caresse la joue.)
Je fais comme cela... Puis alors il regarde, Me voit, rit, et m'embrasse enfin comme cela.
(Elle témoigne vouloir l'embrasser.) M . D U B R I A G E , lui tendant les bras.
Chère petite, viens.