ACTE l, SCÈXIi
FLORVEL
J'entends : elle en aura. Ce qui surtout me plait, C'est que Sophie étant chez son oncle, mon père. Qui de banque, d'argent, fait son unique affaire, Où l'on n'entend parler... intéressants discours! Que de hausse et de baisse, et de change et de cours ; Elle, de tout ce train nullement ne s'occupe.
d'hérigourt.
Elle a, ma foi, raison ; elle serait bien dupe.
FLORVEL
Et vive, et gaie, et tendre, elle est toute aux plaisirs ; Aussi nous la servons au gré de ses désirs.
d'hérigourt.
Quel babil I sais-tu bien que tu te passionnes?
Eh! pourquoi pas, mon cher?
d'hérigourt.
Mais, vraiment, tu m'étonnes !
Aurais-tu par hasard, quelques prétentions?
FLORVEL
Tu m'étonnes toi-même avec tes questions.
d'hérigourt.
Tu n'es pas, je suppose, amoureux de Sophie?
FLORVEL
Et... quand il serait vrai que j'en aurais envie?
d'hérigourt.
Gela serait plaisant, d'honneur 1
FLORVEL
Plaisant! en quoi?
d'hérigourt.
Ne vas pas t'oublier, mon cher ami, crois-moi.
FLORVEL
Bon... ! tes airs méprisants me mettraient en colère, Si, pour mieux me venger, je n'étais sûr de plaire.
d'hérigourt.
H est gai. ,
FLORVEL
D'Héricourt I veux-tu faire un pari, A qui des deux plus tôt la souffle à son mari? Là, tiens, gageons.
d'hÉ'RIGOURT.
Jamais à coup sûr je ne gage.
Tu recules, je vois.
360 LliiS MOEURS DU JOUR.
d'hkricourt.
Cessons un vain langage :
Babille, berce-toi d'espérances en Tair, Si cela te suffit.
FLORVEL
Soit. Nous verrons, mon cher.
d'héricourt.
Tu parles du mari : c'est bien plutôt le frère Qui nous la soufflera.
FLORVEL
Formont ?
d'héricourt.
Eh! oui.
FLORVEL
Chimère !
d'héricourt.
En emmenant Sophie, il nous mettra d'accord.
FLORVEL
J'espère que, sans elle, il partira d'abord.
d'héricourt.
Fort bien! moi, de si tôt je ne crois pas qu'il parte, Ni seul. Vois, de son but jamais il ne s'écarte. Depuis quinze grands jours qu'il est ici, j'entend Que des champs, du Vallon^ il parle à chaque instant. C'est sa sœur, après tout : il n'aura point de trêve. Qu'il ne la persuade, et qu'il ne nous l'enlève.
FLORVEL
Je n'ai pas cette crainte ; ou, pour mieux dire, moi, Je ne crains le mari, ni le frère, ni toi,
d'héricourt, d'un air méprisant.
Moi, je te crains beaucoup ; voilà la différence.
FLORVEL
Hai... bai...