ACTE II, SCENE V
Il faut absolument que je vous cnlreticnue Sur cette jeune sœur, votre amie et la mieiiiic.
VA D AME EULER
Mon amie, en effet : et je m'en fuis honneur.
FORMONT
Ah ! c'est pour ma Sophie un bien plus grand bonheur, Pourvu qu'elle le sente, et qu'elle l'apprccic. De tout mon cœur d'abord je vous en romcrcio.
MADAME EULER
Je vous ai dit comment ce hasard, si fatal,
Qui nous fait tour à tour tant de bien, tant de mal,
Me fit voir votre sœur, et, par son entremise,
Obtenir de son oncle, en un moment de crise,
Un service, peut-ôtre à rendre fort aisé.
Mais qu'à la pitié seule il avait refusé ;
Je vous laisse à penser combien clic m'est chère.
Et si je vois en elle une simple étrangère !
FORMONT
Je l'en aime encor mieux pour ce bon procédé :
Mais vous l'exagérez, j'en suis persuadé.
Pour rabaisser les soins que vous avez pris d'elle.
MADAME EULER
Non, ma reconnaissance est juste et naturelle. Je n'avais qu'un moyen de la lui témoigner ; Je l'offris, trop heureuse, au moins, de lui donner Des leçons de dessin, seul trésor qui me reste ! Votre sœur accepta cette offre bien modeste, Mais à condition qu'on y mettrait un prix ; Je l'acceptai.
FORMONT
Du moins, dans ce fatal Paris, Vous êtes auprès d'elle, il suffit ; je respire.
MADAME EULER
Quel alentour, d'ailleurs I quelle crainte il m'inspire ! Sophie est si crédule !... et, par exemple, un trait Que je ne puis vous taire...
FORMONT
Eh ! quoi ?
C'est son portrait.
Que votre aimable sœur me pria de lui faire : Moi, pour qui c'est toujours un bonheur de lui plaire, J'y consentis, croyant que ce gage si doux Était tout simplement pour Dirval ou pour vous.
3 82 Lli:S MOEURS DU JOUR.
FORMONT
Sans doule : eh bien ?
UADÂME EULER.
Eh bien ! un beau jour, je soupçonne, Qu'il était destiné... pour une autre personne.
FORMONT
Pour d'Héricourt ?
MADAME EULER
Eh I mais... je crains, en général ; Mais ce n'était, je crois, pour vous ni pour Dirva].
FORMONT
0 ciel ! eh quoi ! ma sœur... V
MADAME EULER
Ecoutez : je l'accuse ; Mais je dois cependant dire ici, pour l'excuse De votre jeune sœur, que son esprit léger Ignore d'un tel don la valeur, le danger.
FORMONT
Je hais ce d'Héricourt.
Je crains plus pour Sophie Cette Verseuil !
FORMONT
Et moi, comme je m'en défie !
MADAME EULER
L'exemple est le plus grand de tous les séducteurs. Et quelle amie, alors, qu'une femme sans mœ.urs, Jeune encor ! Nous devons, toutes tant que nous sommes, Fuir ces femmes, bien plus que le pire des hommes. Puis... cet époux, si loin...! car avouez ici Que celte longue absence est bien fâcheuse aussi.
FORMONT
Ah ! oui, ce cher Dirval?... mais quoi ? bientôt, peut-être, Nous allons le revoir.
MADAME EULER
Oh ! s'il peut reparaître, Quel bonheur pour nous tous !
FORMONT
Au moins qu'à son retoru De sa femme il retrouve et le cœur et l'amour.
MADAME EULER
Je l'espère : Sophie a l'âme honnête et pure ; Elle aime son mari.
FORMONT
J'en accepte l'augure.