‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 380 sur 449 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MADAME DIRVAL, D'HÉRICOURT.

d'héricourt.

Enfin, je vous revoi.

Sophie!

MADAME DinVAL.

Et Ton n*est plus si fâché contre moi?

d'héricourt.

Je n'avais point le droit d'être fâché, madame: Mais j'ai dû ressentir un vrai chagrin dans l'âme, En me voyant privé d'un bien si précieux. Mettez-vous à ma place, ayez mon cœur, mes yeux ; Vous jugerez alors que trop de patience Eût annoncé peut-être un peu d'insouciance.

MADAME DIRVAL.

Je crois à vos regrets, monsieur; mais pourriez-vous M'en vouloir, et d'un frère être un moment jailoux?...

d'héricourt.

On est jaloux de tout, madame, quand on aime; Et si de ce larcin vous souffrîtes vous-même, Vous me devez un peu de consolation, Et j'en vais, à l'instant, saisir l'occasion. Je connais vos revers : mille, en cette occurrence. Vont s'offrir ; je réclame ici la préférence ; Je ne suis oncle, époux ni frère; eh bien, pour vous Je serai plus fidèle et î)1us tendre qu'eux tous.

Sans doute à votre cœur ie sais rendre justice ; Mais pourrais-je accepter'?

d'héricourt.

Un si faible service?

Ah!... quand les sentiments sont en communauté, Un léger prêt d'argent n'est rien, en vérité. Madame, allons... Comment? vous gardez le silence!

MADAME DIRVAL.

0 monsieur ! je vous crois, et pourtant je balance. Je ne sais quoi m'arrête...

d'héricourt, jouant le dépit.

Ah! c'est trop hésiter.

D'un chimérique espoir j'ai donc su me flatter! Mon amitié vous semble importune, pressante : Vous craignez, je le vois, d'être reconnaissante.

MADAME DIRVAL.

Ah! monsieur d'Héricourt!...

d'héricourt, de même.

Enfin j'ouvre les yeux :

Non, vous ne m'aimez point; je vous suis odieux. Vous me préféreriez le dernier de vos proches.

MADAME DIRVAL.

Pouvez-vous m'adresser de semblables reproches?

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