ACTE II, SCENE VIII
Ma franchise, Monsieur, vous surprendra peut-être.
RAIMOND
Moi, je serais surpris ?... ah î la sincérité Semble embellir encore une jeune beauté. ËUe vous sied si bien !
EUSÉBIE
Épargnez, je vous prie...
Ne prenez point ceci pour une flatterie. Sans peine on reconnaît Taccent qui part du cœur, Mademoiselle : il est tel regard enchanteur Qui ne saurait tromper; par exemple, le vôtre...
EUSÉBIE
Oh 1 mon regard, Monsieur, n'est pas plus sûr qu'un autre, Croyez-moi.
RAIMOND
Mon bonheur, pourtant, serait certain.
Si je pouvais, un jour, y lire mon destin.
EUSÉBIE
Vous me jugez d'après votre candeur extrême ; Qui voudrait vous tromper, se tromperait soi-même,
(a part.)
En effet. Je le sens.
RAIMOND
Hé ! bien, cette candeur Réside, j'en suis sûr, au fond de votre cœur, Charmante Élise.
EUSÉBIE
Eh ! mais... vous me flattez, sans doute:
(a part.)
L'aimable confiance ! ô ! combien il m'en coûte !...
RAIMOND, à part.
Elle souffre I vraiment, elle me fait pitié.
EUSÉBIE, à part.
Le tromper avec l'air, le ton de l'amitié 1
RAIM0ND4 Vous semblez hésiter à dire quelque chose.
EUSÉBIE
Hésiter?... mais. Monsieur, vous-même, je suppose, Me regardez d'un air !...
RAIMOND
Tel que vous l'inspirez, Je ne m'en défends pas.
EUSÉBIE
Hélas !
RATMOND.
Vous soupirez ?
ËUSÉBIË.
(a part.)
11 est vrai. Je ne puis plus longtemps me contraindre ;
(Haut.)
Non... C'en est trop, Monsieur, et je cesse de feindre. 11 faut. . .
RAIMOND
Eh ! quoi, de grâce ?
EUSÉBIE
Eh I bien je vais parler. . , Dieu ! c'est Marton ; il faut encor dissimuler.
Eh ! qu'importe ?