‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 442 sur 449 · RAIMOND, GÉLON · texte numérisé non relu

RAIMOND, GÉLON

RAIMOND (d'une voix forte).

Qui vive ?

GÉLON (affecte l'accent allemand).

Ami.

RAIMOND (d'assez mauvaise humeur).

Qui donc, l'ami ?

Bon Dieu !

C'est moi, le voyageur.

RAIMOND (à part).

Que le diable t'emporle !

GÉLON

C'est VOUS, monsieur Raimond?

RAIMOND

Oui. Courir de la sorte, La nuit !

GÉLON

Il me suffit d'une heure de sommeil.

RAIMOND

D'une heure ?

GÉLON

Oui. Je vous vois dans un cas tout pareil. Je vous cherchais.

RAIMOND

Qui? moi?

GÉLON

Cher Monsieur! je désire Vous confier tout bas un secret important.

RAIMOND

Un secret? à moi? bon !

A VOUS : voici l'instant.

Mon cher Raimond, il faut qu'enfin je vous apprenne...

RAIMOND

Quoi donc î

GÉLON

J'ai peur qu'ici quelqu'un ne nous surprenne.

RAIMOND

Eh ! tout le monde dort.

GÉLON

Cher Monsieur ! mon état N'est pas d'être marchand, mais bien plutôt soldat.

RAIMOND

Soit.

GELON.

Vous serez surpris, en apprenant quel homme Est ici devant vous, et comment je me nomme.

RAIMOND

Parlez donc.

GÉLON (d'un ton emphatique.)

Ce pacha qui naquit dans Widdin, Qui prit, en un seul jour, Andrinople et Semlin ; Qui, nouveau Mithridate, honorant ses retraites, En victoires souvent a changé ses défaites, A manqué renverser tout l'Empire Ottoman, Et jusqu'en son harem, fait trembler le Sultan...

Après ces hauts exploits, quel grand nom dois-je attendre?

GÉLON

Un nom plus grand qu'eux tous, et qui va voussuprendre, Passwari'Oglou !

RAIMOND

Grand Dieu!

GÉLON

Vous êtes, je conçoi, Étonné de me voir en France ; écoutez-moi.

RAIMOND

J'écoute.

GÉLON

Mon histoire est des plus singulières.

Les armes, vous savez, ami, sont journalières : Un jour mon aile gauche, à l'aspect d'un Pacha, Courut sous ses drapeaux, et contre moi marcha :

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