RAIMOND, GÉLON
RAIMOND (d'une voix forte).
Qui vive ?
GÉLON (affecte l'accent allemand).
Ami.
RAIMOND (d'assez mauvaise humeur).
Qui donc, l'ami ?
Bon Dieu !
C'est moi, le voyageur.
RAIMOND (à part).
Que le diable t'emporle !
GÉLON
C'est VOUS, monsieur Raimond?
RAIMOND
Oui. Courir de la sorte, La nuit !
GÉLON
Il me suffit d'une heure de sommeil.
RAIMOND
D'une heure ?
GÉLON
Oui. Je vous vois dans un cas tout pareil. Je vous cherchais.
RAIMOND
Qui? moi?
GÉLON
Cher Monsieur! je désire Vous confier tout bas un secret important.
RAIMOND
Un secret? à moi? bon !
A VOUS : voici l'instant.
Mon cher Raimond, il faut qu'enfin je vous apprenne...
RAIMOND
Quoi donc î
GÉLON
J'ai peur qu'ici quelqu'un ne nous surprenne.
RAIMOND
Eh ! tout le monde dort.
GÉLON
Cher Monsieur ! mon état N'est pas d'être marchand, mais bien plutôt soldat.
RAIMOND
Soit.
GELON.
Vous serez surpris, en apprenant quel homme Est ici devant vous, et comment je me nomme.
RAIMOND
Parlez donc.
GÉLON (d'un ton emphatique.)
Ce pacha qui naquit dans Widdin, Qui prit, en un seul jour, Andrinople et Semlin ; Qui, nouveau Mithridate, honorant ses retraites, En victoires souvent a changé ses défaites, A manqué renverser tout l'Empire Ottoman, Et jusqu'en son harem, fait trembler le Sultan...
Après ces hauts exploits, quel grand nom dois-je attendre?
GÉLON
Un nom plus grand qu'eux tous, et qui va voussuprendre, Passwari'Oglou !
RAIMOND
Grand Dieu!
GÉLON
Vous êtes, je conçoi, Étonné de me voir en France ; écoutez-moi.
RAIMOND
J'écoute.
GÉLON
Mon histoire est des plus singulières.
Les armes, vous savez, ami, sont journalières : Un jour mon aile gauche, à l'aspect d'un Pacha, Courut sous ses drapeaux, et contre moi marcha :