SCÈNE III
MADAME DE ROSELLE, M. DE PLINVILLE
ROSE
M. DE PLINVILLE.
Ah I ma nièce, c'est toi !
La rencontre vraiment est heureuse.
MADAME DE ROSELLE
Pour moi.
Mon cher oncle est toujours au comble de la joie.
M. DE PLINVILLE.
Pour en avoir, madame, il suffit qu'on vous voie.
(a Rose.)
Bonjour, Rose.
ROSE
Monsieur...
M. DE PLINVILLE.
Mais comme elle embellit Du matin jusqu'au soir elle chante, elle rit.
ROSE
Monsieur me dit toujours quelque chose d'honnête.
M. DE PLINVILLE.
Nous aurons du plaisir, j'espère, à notre fête.
J'ai dans l'idée... oh I oui : j'ai fait, ma chère enfant,
Un rêve I car je suis heureux môme en dormant.
Oh ! je le crois.
ROSE
Monsieur, contez-nous donc, de grâce...
M. DE PLINVILLE.
Il n'en reste au réveil qu'une légère trace ;
Et j'aurais maintenant peine à le ressaisir :
Je me souviens du moins qu'il m'a fait grand plaisir,
Et cela me suffit; car, lorsque je me lève,
Je suis heureuii: encor, mais ce n'est plus en rêve.
MADAME DE ROSELLE
Vous rêvez bien encor, mais c'est tout éveillé.
M. DE PLINVILLE.
11 est vrai : que de fois je me suis oublié
Au bord d'une fontaine, ou bien dans la prairie !
Là, seul, dans une vague et douce rêverie, Je suis... ce que je veux, grand roi, simple berger !... Que sais-je, moi? Quelqu'un vient-il me déranger? Alors j'aime encor mieux être moi que tout autre*
MADAME DE ROSELLE
Le sort d'un roi n'est pas plus heureux que le vôtre. Je suis contente aussi : pour la première fois J'ai vu l'aurore.
ROSE
Tous les jours je la vois.
M. DE PLINVILLE.
En effet, on n'est pas plus matinal que Rose.
MADAME DE ROSELLE
Savez-vous que l'aurore est une belle chose ?
M. DE PLINVILLE.
Oh ! oui, surtout ici, surtout au mois de mai. C'est bien le plus beau mois de l'année.
MADAME DE ROSELLE
n est vrai.
ROSE
C'est un mois qu'en effet, comme vous, chacun aime. Mais en janvier, monsieur, vous disiez tout de même.
M. DE PLINVILLE.
J'avoûrai, mon enfant, que toutes les saisons Me plaisent tour à tour, par diverses raisons : Janvier a ses beautés, et la neige est superbe.
MADAME DE ROSELLE
11 est plus doux pourtant de voir renaître Fherbe Et les fleurs...
M. DE PLINVILLE,
Oui, les fleurs. Par exemple, en ces lieux On respiré une odeur, un frais délicieux. Dis-moi, vit-on jamais plus beUe matinée? Que nous allons avoir une belle journée I Il semble, en vérité, que le ciel prenne soin D'envoyer du beau temps lorsque j'en ai besoin.
MADAME DE ROSELLE
Tout exprès !
M. DE PLINVILLE.
Pouvions-nous enfin, pour notre néche, Choisir une journée et plus douce et plus fraicne?