‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 8 sur 449 · XVI NOTICE SUR COLLIN D HARLEVILLE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE SUR COLLIN D HARLEVILLE

Quelques jours après cette triste date, le Vieux Célibataire était sur l'affiche. Â la représentation, M"« Contât porta des rubans noirs en signe de deuil, et la religieuse émotion dont se sentit pénétrée toutela salle fut un hommage public rendu à un auteur de la noble élite qui était en même temps un grand homme de bien.

A peine CoUin d'Harleville avait-il fermé les yeux, qu'Andrieux courait chez Houdon, pour le prier do venir mouler cette chère tète. L'illustre sculpteur se rendit à son désir; ils espéraient tous deux que le gouvernement commanderait la statue en marbre du premier des auteurs comiques de son temps. Le deuil et Tamitié ont leurs pieuses chimères. Comment CoUin d'Harlevillc aurait-il eu sa statue de marbre, à une époque où on était encore loin de songer que Molière pût en avoir une, fût-ce avec la circonstance atténuante d'un socle-fontaine ? Houdon n'exécuta pas même le buste de son ami. Le moulage seul ou quelque chose de semblable, un plâtre mal complété, restait à la comédie-Française. Ce fut d'après ce plâtre que M. Chenillion exécuta de nos jours le buste de Collin d'Harleville.

C'était en 1866. Il y avait vingt-huit ans que Paris s'était décidé à décerner à son Molière une statue assise. Sur la proposition du docteur Lamy, qui était alors maire de Maintenon, — loué soit cet excellent administrateur pour son heureuse initiative ! — le conseil municipal de Maintenon vota l'exécution d'un buste en marbre de GoUin d'Harleville, avec la place désignée du buste sur la façade de la mairie.

L'inauguration eut lieu le 27 mai, dans une cérémonie simple et charmante, qui était tout co qu'elle devait être, une fête de campagne, relevée par la présence des délégués de l'Académie Française, du Théâtre-Français et de la Société des auteurs dramatiques. Fidèle à la tradition de sa famille, M. le ducdeNoailles était là, revendiquant, sur cette journée commémorative du poète de Mévoisins, son droit de généreux patronage, et offrant à tous les invités de la fête l'hospitalité de ce glorieux château où l'ombre de madame de Maintenon converse sous les grandes allées avec celle de Racine. Samson, l'illustre comédien, faisait une conférence dans l'Orangerie, et lisait, avec son art merveilleux, les plus brillants passages des Châteaux en Espagne^ de Monsieur de CraCj du Vieux Célibatnire, M. Camille Doucet avait parlé, je n'ai pas besoin de dire avec quel esprit; puis le Théâtre-Français, puis M. Ferdinand Dugué, digne de représenter la commission des auteurs dramatiques. Tout ét^iit bien ainsi. Le souhait d'Andrieux était suffisamment réalisé.

Une statue, pour prouver « qu'on sait honorer en France les talents et la vertu », à quoi bon ?

NOTICE SUR GOLLIN D'hARLEVILLE. XYII

u Un buste en dit autant, » concluait un des discours (1) prononcés sous la sympathique image, et ce sera aussi la conclusion de cette Notice : « La modestie du poète se serait étonnée « d'un plus grand honneur. Un buste lui va bien. Cest la mesure « qui lui sied : un buste qui sourit et qui pense, un buste u qui montre le beau front de lliomme et qui découvre sa poitrine «t loyale.

a La tête et le cœur, Collin d'Harleville est là tout entier. »

Edouard Thierry .

(1) Celui de l'Administratear général da Théâtre-FraD<;ais, l'AaUar même de ceUe Notice. {Note des Editeurs.)

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