‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 92 sur 449 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M. DE PLINVILLE, ROSE.

H. DE PLINVILLE.

Le soleil reparaît. L'herbe est déjà plus verte ; Chaque fleur se ranime, et la terre entr'ouverte Exhale un doux parfum. N'est-il pas vrai qu'on sent... Un calme... une fraîcheur.., un charme ravissant ? Car il en est de nous ainsi que d'une plante. Oh! que voilà, ma chère, une pluie excellente! Nous avions grand besoin de cet orage-ci.

ROSE

Mais la grange est détruite.

Il est vrai, mais aussi J'ai sauvé l'écurie : elle était presque neuve. Je le dois à Belfort. J'avais plus d'une preuve De son bon cœur ; mais quoi! c'est un brave, vraimenl, As-tu vu comme il s'est exposé hardiment?

ROSE

Je le crois bien. Aussi s'est-il blessé.

M. DE PLINVILLE.

Quoi ! Rose ?

ROSE

Il s'est brûlé la main.

M. DE PLINVILLE.

Je sais, c'est peu de chose.

ROSE

Peu de chose ?

M. DE PLINVILLE.

Il m'a dit que cela n'était rien.

ROSE

Il me l'a dit aussi ; mais moi je voyais bien Qu'il souffrait, et beaucoup; car, à cette nouvelle. J'étais vite accourue avec mademoiselle.

Nous le voyons auprès de monsieur Morinval.

92 l'optimiste.

Il ne s'occupait pas seulement de son mal.

« Sur votre main, monsieur, lui dis-je, il faudrait mettre

Quelque chose : je vais, si vous voulez permettre...

Bien obligé, dit-il, il n'en est pas besoin.

Oh ! dis-je, avec plaisir je vais prendre ce soin. »

Il me donne sa main ; ma maîtresse déchire

Un mouchoir en tremblant ; lui, paraissait sourire,

Regardait tour à tour mademoiselle et moi :

J'en suis encore émue, et je ne sais pourquoi.

M. DE PLINVILLE.

Tu m'enchantes : l'aimable et douce créature!

ROSE

Il se faut entr* aider; c'est la loi de nature. Dans La Fontaine hiel» je lisais ce vers-là.

M. DE PLINVILLE.

Vous lisez La Fontaine?

ROSE

Eh oui, je sais déjà Douze fables au moins ; cela s'apprend sans peine. J'ai mon livre à la main lorsque je me promène.

M. DE PLINVILLE.

Bien.

ROSE

C'est monsieur Belfort qui m'en a fait présent. Il me fait réciter : il est si complaisant!

D'avoir un pareil maître Angélique est charmée ?

ROSE

Oh ! oui. C'est bien dommage : on est accoutumée... Ce mariage-là va nous contrarier.

M. DE PLINVILLE.

Que veux-tu, mon enfant? il faut se marier.

SCKNE II

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