‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 98 sur 449 · ACTE III, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IX

Vous allez, je Tespère, être heureux à présent ?

M. DE MORINVAL.

Oui, si Ton pouvait l'être.

M. DE PLINVILLE.

Ah ! le trait est plaisant.

Si Ton pouvait !... comment, vous en doutez encore?

M. DE MORINVAL.

Toujours.

M. DE PLINVILLE.

Mais vous aimez ma fille ?

M. DE MORINVAL.

Je l'adore.

M. DE PLINVILLE.

Angélique, à son tour, vous aime.

Je le croi.

M, DE PLINVILLE.

Vous allez recevoir et sa main et sa foi ; Que vous faut-il de plus ?

H. DE MORINVAL, yhement.

Mais est-on, je vous prie.

Heureux, précisément parce qu'on se marie ?

M. DE PLINVILLE.

Ah ! mon ami, l'hymen...

M. DE MORINVAL.

L'hymen a ses douceurs, Je le sais ; sur la vie il sème quelques fleurs ; Mais j'en vois les soucis, les ennuis, les alarmes.

M. DE PLINVILLE.

Ëhl voyez-en plutôt les plaisirs et les charmes ; Voyez ces chers enfants, gages de votre amour...

M. DE MORINVAL.

A des infortunés je donnerai le jour.

M. DE PLINVILLE.

Les voilà malheureux, môme avant que de naître !

M. DE MORINVAL.

Je le fus, je le suis ; pourraient-ils ne pas l'être ? Us ne pourront du moins échapper aux douleurs : L'homme, dès en naissant, crie et verse des pleurs.

Ces pleurs sont un langage, et non pas une plainte.

M. DE MORINVAL.

De mille infirmités son enfance est atteinte. Pendant deux ans entiers, captif en un berceau, II souifre...

^00 l'optimiste.

M. DE PLINVILLE.

Avant d'ôtre arbre, il faut être arbrisseau.

M. DE MORINVAL.

Tôt OU tard, un poison dans les veines circule, Qui défigure ou tue. . .

M. DE PLINVILLE.

Oui ; mais on inocule.

M. DE MORINVAL.

En a-t-on moins le mal ?

M. DE PLINVILLE.

Il n'est plus dangereux.

Pour les femmes, surtout, ce secret est heureux: Elles ne craignent point de se voir enlaidies .

M. DE MORINVAL.

Mais combien d'autres maux !...

M. DE PLINVILLE.

S'il est des maladies, 11 est des médecins.

C'est encore bien pis.

M. DE PLINVILLE.

Répétez les bons mots que tout le monde a dits I 11 est d'habiles gens, et qu'à tort on insulte. Souffre-t-on ? on écrit à Paris ; on consulte Un illustre... Petit, je suppose : il répond, Et vous guérit bientôt.

M. DE MORINVAL.

Ah ! tout de suite ! '

M. DE PLINVILLE.

Au fond.

Soyons de bonne foi ; trop souvent nos souffrance^ Sont la suite et le fruit de nos intempérances : La nature nous a prodigué tous ses dons. Nous abusons de tout ; et puis nous nous plaignons !

M. DE MORINVAL.

Vous pourriez, en ce point, avoir raison peut-être ;

Mais qu'on a droit, d'ailleurs, de se plaindre I est-on

Par exemple, d'avoir de la fortune ? [maître,

M. DE PLINVILLE.

Non; Mais le pauvre, content de sa condition, Est heureux comme nous. Allez, le ciel est juste; Et l'ouvrier actif, le paysan robuste, Ont aussi leurs plaisirs! plaisirs purs, naturels...

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