TULLE, VALÈRE, LE VIEIL HORACE, HORACE
TKOUPE DE GARDES.
LE VIEIL HORACE
Ah ! sire, un tel honneur a trop d'excès pour moi ; Ce n'est point en ce lieu que je dois voir mon roi : Permettez qu a genoux. ,
TULLE
Non, levez-vous, mon père.
Je fais ce qu'en ma place un bon prince doit faire. Un si rare service et si fort important Veut rhonneur le plus rare et le plus éclatant.
(Montrant Valère.)
Vous en aviez déjà sa parole pour gage;
Je ne l'ai pas voulu différer davantage.
J'ai su par son rapport, et je n'en doutais pas,
Comme de vos deux fils vous portez le trépas.
Et que, déjà votre âme étant trop résolue,
Ma consolation vous serait superflue :
Mais je viens de savoir quel étrange malheur
D'un fils victorieux a suivi la valeur.
Et que son trop d'amour pour la cause publique,
Par ses mains, à son père ôte une fille unique.
Ce coup est un peu rude à l'esprit le plus fort;
Et je doute comment vous portez cette mort.
LE VIEIL HORACE
Sire, avec déplaisir, -mais avec patience.
TULLE
C'est l'effet vertueux de votre expérience. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous Que le malheur succède au bonheur le plus doux : Peu savent comme vous s'appliquer ce remède. Et dans leur intérêt toute leur vertu cède. Si vous pouvez trouver dans ma compassion Quelque soulagement pour votre affliction, Ainsi que votre mal sachez qu'elle est extrême. Et que je vous en plains autant que je vous aime.
TALÈRE. •
Sire, puisque le ciel entre les mains des rois
Dépose sa justice et la force des lois,
Et que l'État demande aux princes légitimes
Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes,
Souffrez qu'un bon sujet vous fasse souvenir
Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir.
Souffrez...
LE VIEIL HORACE
Quoi! qu'on envoie un vainqueur au supplice?
TULLE
Permettez qu'il achève, et je ferai justice.
J'aime à la rendre à tous, à toute heure, en tout lieu.
C'est par elle qu'un roi se fait un demi-dieu ;
Et c'est dont je vous plains qu'après un tel service
On puisse contre lui me demander justice.
VALÊRE.
Souffrez donc, ô grand roi! le plus juste des rois, Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix. Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent; S'il en reçoit beaucoup, ses hauts faits les méritent; Ajoutez-y plutôt que d'en diminuer.
Nous sommes tous encor prêts d'y contribuer : Mais, puisque d'un tel crime il s'est montré capable, Qu'il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains. Si vous voulez régner, le reste des Romains; Il y va de la perte ou du salut du reste.
La guerre avait un cours si sanglant, si funeste, Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins, Ont tant de fois uni des peuples si voisins. Qu'il est peu de Romains que le parti contraire N'intéresse en la mort d'un gendre ou d'un beau-frère, Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs, Dans le bonheur public, à leurs propres malheurs. Si c'est offenser Rome, et que l'heur de ses armes L'autorise à punir ce crime de nos larmes, Quel sang épargnera ce barbare vainqueur. Qui ne pardonne pas à celui de sa sœur,