‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 121 sur 409 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome par les Romains, Si César eût laissé Tempire entre vos mains? Vous la replongerez, en quittant cet empire, Dans les maux dont à peine encore elle respire, Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de sang, Une guerre nouvelle épuisera son flanc.

Que Tamour du pays, que la pitié vous touche; Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche. Considérez le prix que vous avez coûté : Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté. Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée; Mais une juste peur tient son âme effrayée : Si, jaloux de son heur et las de commander, Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder, S'il lui faut à ce prix en acheter un autre, Si vous ne préférez son intérêt au vôtre. Si ce funeste don la met au désespoir, Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir. Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un maître Sous qui son vrai bonheur commence de renaître; Et, pour mieux assurer le bien commun de tous, Donnez un successeur qui soit digne de vous.

AUGUSTE

N'en délibérons plus, cette pilié l'emporte.

Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte;

Et, quelque grand malheur qui m'en puisse arriver,

Je consens à me perdre afin de la sauver.

Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :

Cinna, par vos conseils, je retiendrai l'empire;

Mais je le retiendrai pour vous en faire part.

Je vois trop que vos cœurs n'ont point pour moi de fard,

Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne.

Regarde seulement l'État et ma personne.

Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits,

Et vous allez tous deux en recevoir le prix.

Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile,

Allez donner mes lois à ce terroir fertile :

Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez,

14i CINNA.

Et que je répondrai de ce que vous ferez.

Pour épouse, Cinna, je vous donne iEmilie;

Vous savez qu'elle tient la place de Julie,

Et que, si nos malheurs et la nécessité

M'ont fait traiter son père avec sévérité,

Mon épargne depuis en sa faveur ouverte

Doit avoir adouci Taigreur de cette perte.

Voyez-la de ma part, tâchez de la gagner :

Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner;

De Foffre de vos vœux elle sera ravie.

Adieu : j'en veux porter la nouvelle à Livie.

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