ACTE III, SCENE IV
J'ai voulu, mais en vain, me conserver pour toi, Et te donner moyen d'être digne de moi.
Pardonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompée Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée, Et si d'un faux semblant mon esprit abusé A fait choix d'un esclave en son lieu supposé. Je t'aime toutefois, quel que tu puisses être ; Et si, pour me gagner, il faut trahir ton maître. Mille autres à l'envi recevraient cette loi, S'ils pouvaient m'acquérir à même prix que toi. Mais n'appréhende pas qu'un autre ainsi m'obtienne. Vis pour toucher tyran, tandis que je meurs tienne : Mes jours avec les siens se vont précipiter, Puisque ta lâcheté n'ose me mériter.
Viens me voir, dans son sang et dans le nriien baignée, De ma seule vertu mourir accompagnée, Et te dire en mourant d'un esprit satisfait : « N'accuse point mon sort, c'est toi seul qui l'as fait; « Je descends dans la tombe où tu m'as condamnée, « Où la gloire me suit qui t'était destinée : « Je meurs en détruisant un pouvoir absolu : « Mais je vivrais à toi si tu l'avais voulu. »
CINNA
Eh bien, vous le voulez, il faut vous satisfaire,
Il faut affranchir Rome, il faut venger un père,
Il faut sur un tyran porter de justes coups;
Mais apprenez qu'Auguste est moins tyran que vous
S'il nous ôte à son gré nos biens, nos jours, nos femmes.
Il n'a point jusqu'ici tyrannisé nos âmes;
Mais l'empire inhumain qu'exercent vos beautés
Force jusqu'aux esprits et jusqu'aux volontés.
Vous me faites priser ce qui me déshonore;
Vous me faites haïr ce que mon âme adore;
Vous me faites répandre un sang pour qui je dois
Exposer tout le mien et mille et mille fois :
Vous le voulez, j'y cours, ma parole est donnée;
Mais ma main, aussitôt contre mon sein tournée.
Aux mânes d'un tel prince immolant Votre amant,
A mon crime forcé joindra mon châtiment,
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Et par cette action dans Fautre confondue. Recouvrera ma gloire aussitôt que perdue. Adieu.