‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 133 sur 409 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

AUGUSTE, EUPHORBE, POLYCLÈTE, gardes.

AUGUSTE

Tout ce que tu me dis, Euphorbe, est incroyable.

EUPHORBE

Seigneur, le récit même en paraît effroyable : On ne conçoit qu'à peine une telle fureur, Et la seule pensée en fait frémir d'horreur.

AUGUSTE

Quoi! mes pluschers amis! quoi! Cinna! quoi! Maxime! Les deux que j'honorais d'une si haute estime, A qui j'ouvrais mon- cœur, et dont j'avais fait choix Pour les plus importants et plus nobles emplois! Après qu'entre leurs mains j'ai remis mon empire, Pour m'arracher le jour l'un et l'autre conspire! Maxime a vu sa faute, il m'en fait avertir, Et montre un cœur touché d'un juste repentir; Mais Cinna!

EUPHORBE

Cinna seul dans sa rage s'obstine, Et contre vos bontés d'autant plus se mutine; Lui seul combat encor les vertueux efforts Que sur les conjurés fait ce juste remords, Et, malgré les frayeurs à leurs regrets mêlées, Il tâche à raffermir leurs âmes ébranlées.

AUGUSTE

Lui seul les encourage, et lui seul les séduit! 0 le plus déloyal que la terre ait produit! 0 trahison conçue au sein d'une Furie ! 0 trop sensible coup d'une main si chérie !

160 CINNA

Cinna. tu me trahis! Polyclète, écoutez.

(il lui parle à l'oreille.) POLYCLÈTE.

Tous VOS ordres, seigneur, seront exécutés.

AUGUSTE

Qu'Éraste en même temps aille dire à Maxime Qu'il vienne recevoir le pardon de son crime.

EUPHORBE

Il Fa jugé trop grand pour ne pas s'en punir.

A peine du palais il a pu revenir,

Que, les yeux égarés, et le regard farouche,

Le cœur gros de soupirs, les sanglots à la bouche.

Il déteste sa vie et ce complot maudit.

M'en apprend l'ordre entier tel que je vous l'ai dit

Et, m'ayant commandé que je vous avertisse,

Il ajoute : « Dis-lui que je me fais justice,

« Que je n'ignore point ce que j'ai mérité. »

Puis soudain dans le Tihre il s'est précipité;

Et l'eau grosse et rapide, et la nuit assez noire,

M'ont dérobé la fin de sa tragique histoire.

AUGUSTE

Sous ce pressant remords il a trop succombé, Il s'est à mes bontés lui-même dérobé; Il n'est crime envers moi qu'un repentir n'efface. Mais, puisqu'il a voulu renoncer à ma grâce. Allez pourvoir au reste, et faites qu'on ait soin De tenir en lieu sûr ce fidèle témoin.

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