ACTE IV, SCENE V. 1G
C'est de voir que César sait tout votre secret; En vain il le dénie et le veut méconnaître, Evandre a tout conté pour excuser son maître, Et par Tordre d'Auguste on vient vous arrêter.
iEMlLIE.
Celui qui Ta reçu tarde à l'exécuter;
Je suis prête à le suivre et lasse de l'attendre.
MAXIME
Il vous attend chez moi.
iEMILIE.
Chez vous!
MAXIME
C'est vous surprendre:
Mais apprenez le soin que le ciel a de vous; C'est un des conjurés qui va fuir avec nous. Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive ; Nous avons pour partir un vaisseau sur la rive.
iEMILIE.
Me connais-tu, Maxime, et sais-tu qui je suis?
MAXIME
En faveur de Cinna je fais ce que je puis. Et tâche à garantir de ce malheur extrême La plus belle moitié qui reste de lui-même.
Sauvons-nous, Emilie, et conservons le jour, Afin de le venger par un heureux retour.
/EMILIE
Cinna dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre, Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre ; Quiconque après sa perte aspire à se sauver Est indigne du jour qu'il tâche à conserver.
MAXIME
Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte? 0 dieux! que de faiblesse en une âme si forte! Ce cœur si généreux rend si peu de combat. Et du premier revers la fortune l'abat! Rappelez, rappelez cette vertu sublime, Ouvrez enfin les yeux, et connaissez Maxime : C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez; Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez;
468 CINNA
Et, puisque Famitié n'en faisait plus qu'une âme, Aimez en cet ami l'objet de votre flamme; Avec la même ardeur il saura vous chérir, Que...
Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir!
Tu prétends un peu trop; mais, quoi que tu prétendes Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas, Ou de m'offrir un cœur que tu fais voir si bas; Fais que je porte envie à ta vertu parfaite ; Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette; Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur. Et mérite mes pleurs au défaut de mon cœur. Quoi ! si ton amitié pour Cinna s'intéresse, Crois-tu qu'elle consiste à flatter sa maîtresse! " Apprends, apprends de moi quel en est le devoir, EtdoQue-m'en l'exemple, ou viens le recevoir.
MAXIME
Votre juste douleur est trop impétueuse.
EMILIE
La tienne en ta faveur est trop ingénieuse. Tu me parles déjà d'un bienheureux retour, Et dans tes déplaisirs tu conçois de l'amour!
MAXIME
Cet amour en naissant est toutefois extrême ; C'est votre amant en vous, c'est mon ami que j'aime; Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé,.-..
EMILIE
Maxime, en voilà trop pour un homme avisé. Ma perte m'a surprise et ne m'a point troublée; Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée. Ma vertu tout entière agit sans s'émouvoir. Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.
MAXIME
Quoi! vous suis-je suspect de quelque perfidie?
Oui, tu l'es, puisque enfin lu veux que je le die; L'ordre de notre fuite est trop bien concerté