‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 147 sur 409 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

iEMlLlE.

Cinna, qu'oses-tu dire? est-ce là me chérir

Que de m'ôter l'honneur quand il me faut mourir?

CINNA

Mourez, mais en mourant ne souillez point ma gloire,

iEMILIE.

La mienne se flétrit si César te veut croire.

Et la mienne se perd si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups.

iEMILIE.

Eh bien, prends-en ta part et me laisse la mienne : Ce serait Taffaiblir que d'affaiblir la tienne : La gloire et le plaisir, la honte et les tourments, Tout doit être commun entre de vrais amants.

Nos deux âmes, seigneur, sont deux âmes romaines; Unissant nos désirs, nous unîmes nos haines ; De nos parents perdus le vif ressentiment Nous apprit nos devoirs en un même moment; En ce noble dessein nos cœurs se rencontrèrent; Nos esprits généreux ensemble le formèrent; Ensemble nous cherchons Fhonneur d'un beau trépas : Vous vouliez nous unir, ne nous séparez pas.

AUGUSTE

Oui, je vous unirai, couple ingrat et perfide, Et plus mon ennemi qu'Antoine ni Lépide ; Oui, je vous unirai, puisque vous le voulez : Il faut bien satisfaire aux feux dont vous brûlez ; Et que tout l'univers, sachant ce qui m'anime. S'étonne du supplice aussi bien que du crime.

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