L'INFAÎS'TE, CHIMÈNE, LÉONOR
l'infante.
Apaise, ma Chimène, apaise ta douleur ; Fais agir ta constance en ce coup de malheur; Tu reverras le calme après ce faible orage ; Ton bonheur n'est couvert que d'un peu de nuage, Et tu n'as rien perdu pour le voir différer.
CHIMÈNE
Mon cœur outré d'ennuis n'ose rien espérer. Un orage si prompt qui trouble une bonace D'un naufrage certain nous porte la menace ; Je n'en saurais douter, je péris dans le port. J'aimais, j'étais aimée, et nos pères d'accord; Et je vous en contais la charmante nouvelle Au malheureux moment que naissait leur querelle, Dont le récit fatal, sitôt qu'on vous l'a fait, D'une si douce attente a ruiné l'effet. Maudite ambition, détestable manie, Dont les plus généreux souffrent la tyrannie! Honneur impitoyable à mes plus chers désirs. Que tu vas me coûter de pleurs et de soupirs!
l'infante.
Tu n'as dans leur querelle aucun sujet de craindre ;