‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 203 sur 409 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Sans doute vos chrétiens qu'on persécute en vain

Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain;

Ils mènent une vie avec tant d'innocence,

Que le ciel leur en doit quelque reconnaissance :

Se relever plus forts, plus ils sont abattus,

N'est pas aussi l'effet des communes vertus.

Je les aimai toujours, quoi qu'on m'en ait pu dire;

Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupire;

Et peut-être qu'un jour je les connaîtrai mieux.

J'approuve cependant que chacun ait ses dieux,

Qu'il les serve à sa mode et sans peur de la peine.

Si vous êtes chrétien, ne craignez plus ma haine;

Je les aime, Félix, et de leur protecteur

Je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur.

Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque; Servez bien votre Dieu, servez votre monarque. Je perdrai mon crédit envers sa majesté, Ou vous verrez finir cette sévérité :

Par celte injuste haine il se fait trop d'outrage.

FÉLIX

Daigne le ciel en vous achever son ouvrage.

Et, pour vous rendre un jour ce que vous méritez,

Vous inspirer bientôt toutes ses vérités I

Nous autres, bénissons notre heureuse aventure ; Allons à nos martyrs donner la sépulture, Baiser leurs corps sacrés, les mettre en digne lieu, Et faire retentir partout le nom de Dieu.

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