‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 223 sur 409 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Et de cette douceur son esprit combattu Avec un peu d'effort rassurait sa vertu. S'il aime sa grandeur, il hait la perfidie; Il se juge en autrui, se tâte, s'étudie, Examine en secret sa joie et ses douleurs, Les balance, choisit, laisse couler des pleurs; Et, forçant sa vertu d'être encor la maîtresse, Se montre généreux par un trait de faiblesse : Ensuite il fait ôter ce présent de ses yeux, Lève les mains ensemble et les regards aux cieux, Lâche deux ou trois mots contre celte insolence; Puis, tout triste et pensif, il s'obstine au silence, Et même à ses Romains ne daigne repartir Que d'un regard farouche et d'un profond soupir. Enfin, ayant pris terre avec trente cohortes, Il se saisit du port, il se saisit des portes. Met des gardes partout et des ordres secrets, Fait voir sa défiance ainsi que ses regrets, Parle d'Egypte en maître et de son adversaire, Nonplus comme ennemi, maiscommeson beau-père. Voilà ce que j'ai vu.

CHARMION

Voilà ce qu'attendait.

Ce qu'au juste Osiris la reine demandait. Je vais bien la ravir avec cette nouvelle. Vous, continuez-lui ce service fidèle.

ACHORÉE

Qu'elle n'en doute point. Mais César vient. Allez, Peignez-lui bien nos gens pâles et désolés; Et moi, soit que l'issue en soit douce ou funeste, J'irai l'entretenir quand j'aurai vu le reste.

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